Interview : la spiritualité de Darja, pasteure

On entend toutes sortes de choses aujourd’hui dans la foi. Des choses parfois vraies, d’autres fausses. Nous avons entendu pendant des années, voire des siècles, qu’une femme ne pouvait pas être pasteure ou en tout cas avoir un ministère digne de ce nom à cause de versets interprétés comme chacun l’a voulu. 

Ici, le fameux verset complètement sorti de son contexte permet aux différents pasteurs de ce monde d’interdire qu’une femme soit pasteure. 

1 Corinthiens 4. 35 et 36

Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie ? Ou est-ce à vous seuls qu’elle est parvenue ? et 1 Timothée 2.11 « 11 que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. 12 Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. » 

Dans le premier verset, on parle d’une époque où les femmes étaient séparées de leurs hommes dans le temple. Elles devaient élever la voix pour s’adresser à leurs maris, d’où ce verset. Dans le second, Paul s’adresse aux femmes uniquement, car elles n’étaient pas instruites et éduquées à l’époque. Faites attention à ne pas faire d’interprétation trop hâtive de la parole. Je conseille toujours de faire des recherches sur l’époque afin de savoir le contexte. 

Cette introduction a pour but de vous parler de Darja. Quelle fraîcheur, quelle vie, quelle femme de pasteur et puis quelle pasteure ! 

Je vous livre son témoignage, car au-delà du fait que Darja soit une femme incroyable, elle est également passée par beaucoup d’épreuves qui ont été nécessaires pour qu’elle puisse comprendre l’importance de son ministère. 

Un Méditerranéen
Qui es-tu, d’où viens-tu et que fais-tu ?

Darja

J’ai l’impression de passer un entretien d’embauche haha. Je suis une jeune trentenaire, mariée depuis 14 ans et mère de 4 filles. 3 choses me passionnent : Dieu, ma famille et la vie ! Par ailleurs, je suis marseillaise et allemande de naissance (et de papiers). Je suis pasteure ; c’est à dire responsable d’une église protestante évangélique. Je préfère préciser ce que c’est, pour les personnes qui ne connaissent pas ce mot et je suis aussi aumônier de prison à la prison des femmes des Baumettes à Marseille. 

Un Méditerranéen
Explique-nous ton travail auprès des prisonnières à qui tu rends visite. Quelles ont été les étapes que tu as dû franchir pour en arriver là ? (je dois sûrement mal formuler cet aspect de ton travail, n’hésite pas à me rectifier)

Darja 

Alors mon travail d’aumônier est d’accompagner les personnes détenues dans leurs chemins de foi. Je rends visite aux femmes qui le souhaitent. Je les rencontre majoritairement dans leurs cellules et les dimanches on organise des cultes pour toutes celles qui le souhaitent dans une petite salle en prison. 

Le travail d’aumônier est un travail bénévole et très bien encadré par l’État. En clair, on ne peut pas devenir aumônier juste en claquant des doigts. Il y a une reconnaissance, un agrément à avoir de l’État et de la FPF (Fédération Protestante de France). Il y a 7 ans, j’ai commencé par accompagner un aumônier agrémenté ponctuellement le dimanche, ensuite je suis devenu auxiliaire-aumônier et j’ai pu accompagner un aumônier en semaine en cellule. Une fois que mon envie de servir dans ce milieu très spécial s’est confirmée. 

J’en ai parlé avec l’aumônier régional. J’ai dû remplir un dossier sur mes raisons et mes motivations de vouloir être aumônier. Par la suite, je suis passée devant une commission d’aumôniers de la région, qui ont pris la décision de me faire entrer dans le processus officiel pour être agrémenté « Aumônier de prison ». J’ai dû passer un DU d’aumôniers (Diplôme universitaire) à Strasbourg pour valider ma formation. Ce n’était pas simple, mais tellement enrichissant. J’ai étudié entre autres de la psychologie, de la théologie, du droit français, et plusieurs autres religions. 

C’était vraiment riche ! C’était un challenge de reprendre les études à 30 ans, mais avec de la bonne volonté et du travail j’y suis arrivée et j’ai même réussi avec mention. Par la suite, j’ai rapidement reçu mon agrément officiel qui fait de moi l’un des 300 aumôniers protestants en France. En tout cas pour ceux que ça intéresse le mieux est de prendre contact avec l’aumônier de sa région et toutes les informations se trouvent sur internet. 

Un Méditerranéen
Comment as-tu rencontré Dieu ? As-tu rencontré des difficultés ?

Darja

Je suis littéralement née dans une famille chrétienne. Mes parents ont trouvé la foi dès ma naissance. Disons que j’ai plongé dans la marmite depuis petite et Dieu faisait intégralement partie de ma vie et de mon enfance. J’ai quand même vécu un moment quand j’étais enfant qui a changé tout le reste de ma vie. J’appelle ce jour « le premier jour du reste de ma vie ». 

J’avais 9 ans et je sortais de l’école à 16 h 20 comme tous les jours auparavant. Ce jour-là c’était différent. Au détour d’une ruelle de mon quartier, plusieurs personnes m’ont abusé sexuellement. En rentrant en pleurs chez moi, j’ai tout raconté à mes parents. Une de nos règles « non négociables » était de se parler, de tout se dire. Alors j’ai parlé, j’ai raconté et bien sûr mes parents étaient sous le choc. 

Je pense qu’ils avaient juste envie de tout casser, mais face à cette situation juste dramatique pour eux en tant que parents et moi en tant qu’enfant ils ont prié pour moi. En quelques secondes, je suis tombé à terre et j’ai eu un rêve. J’étais allongé à terre environ 30 min. Dans ce rêve, je marchais main dans la main avec Jésus. On se promenait sur une plaine et il y avait plusieurs écrans à la ligne. 

Dans chacun de ces écrans, il y avait comme un extrait de film de ma future vie. Tout d’abord, dans le premier écran je me voyais à 16 ans être dans une école biblique en Allemagne. Ensuite, dans le second je me voyais rencontrer l’homme de ma vie, ensuite dans le prochain je me voyais commencer à servir Dieu (le ministère) à 18 ans. 

Ça continuait comme ça durant toute la promenade et nous sommes même arrivés devant un écran ou je me voyais parler devant des centaines de prisonniers. Dans ce rêve, je vivais ma vie de rêve, pleine d’aventure. 

À la fin de cette promenade Jésus se met à ma hauteur, il me regarde dans les yeux et me demande si je veux vivre cette vie. Je réponds que j’en rêverais et que c’est ma vie de rêve. 

À ce moment-là, Jésus me dit : « Alors, consacre-moi ta vie ! ». Je me suis réveillée et mon visage était transformé. D’après mes parents, j’étais méconnaissable, rayonnante. Mes parents savaient que je venais de vivre quelque chose d’extraordinaire. Je venais littéralement de vivre un miracle. Je n’avais plus de sentiment de honte, de culpabilité, d’angoisse ou de peur. Tout avait disparu. Je me sentais heureuse et légère. 

Quand je me suis levée, la première chose que j’ai dite à mon père c’est qu’à 16 ans j’irai à l’école biblique. Je m’étais souvenu du premier film que j’avais vu dans mon rêve. Je savais que c’est là où je devais aller. En revanche je ne me souvenais pas des autres films, je ne sais pas comment je vais mourir haha. Je suis bien allée à 16 ans à l’école biblique, j’ai bien rencontré l’homme de ma vie dans cet endroit et j’ai bien commencé le ministère à 18 ans. 

Mais ce qui est assez drôle c’est que chaque fois que je vis quelque chose que j’avais vu à l’époque dans mon rêve et bien je le revois en flash. Il y a quelques mois, j’avais eu un genre de flash ou je me voyais parler devant des centaines de prisonniers. Et aujourd’hui, je suis aumônier de prison. 

Ça m’a réconforté de savoir que je suis sur le chemin que Dieu a prévu pour moi. Je sais que c’est une histoire assez bizarre d’une rencontre avec Dieu, mais c’est l’histoire de ma vie. Dieu a changé le mal en bien, l’horreur en bonheur. Tout est possible ! 

Un Méditerranéen
Parle-nous de l’église EPP. 

Darja

EPP est une église attractive, mais aussi pertinente pour ce monde. Nous aimons la vie et l’on essaie de le transmettre dans tout ce que nous faisons. « 7 vie est belle » est notre leitmotiv et « Servir les gens pour une vie meilleure » notre vision. Jésus nous dit qu’il nous donne la vie, la vie en abondance. Alors nous voulons le vivre. L’EPP est une plate-forme pour chaque personne qui veulent rencontrer et servir Dieu. 

En réalité, nous sommes un ensemble de personnes passionnées pour Jésus et la vie. Nous avons plusieurs lieux d’église avec l’EPP. Nous sommes une église, mais avec plusieurs endroits. Il y a EPP Marseille, EPP Saint Victoret, EPP Belfort et plusieurs autres projets avec de nouveaux lieux. 

Un Méditerranéen
Que dirais-tu à une personne non croyante ? 

Darja

On peut tout essayer pour devenir heureux. Et d’ailleurs, c’est ce que nous faisons tous, être à la recherche du bonheur. Alors on essaie par différents moyens, un bon travail qui nous plaît, un partenaire qui nous fait du bien, l’amour d’une famille, des amis fidèles, etc. En effet, tout peut s’arrêter un jour. 

Toutes ces choses sont bonnes et importantes, mais que fais-tu si tout s’arrête d’une seconde à une autre ? Je suis passée par la maladie et j’ai failli mourir à 3 reprises. À ce moment-là, tu te dis que tu vas peut-être perdre tout ce que tu as essayé de construire pendant toute ta vie. J’ai expérimenté un bonheur qui n’est pas lié à toutes ces choses et que je construis tous les jours de mes propres mains. 

Ce bonheur est plus profond et plus gratifiant que tout sur terre. Je souhaite que chacun puisse expérimenter et vivre ce bonheur. En effet, je l’ai trouvé en Dieu. Je ne peux que partager ce que j’ai moi-même expérimenté. Beaucoup de gens me disent qu’avec tout ce que j’ai vécu je devrais être tellement malheureuse et brisée. 

Et ce serait sûrement le cas si je n’avais pas trouvé cette paix intérieure et cette force en Jésus. Si je l’ai vécu, chacun peut le vivre. Il y a plus que notre propre vie, il y a plus que ce que nous construisons, il y a plus que ce que nous voyons. Il suffit d’oser expérimenter. Fonce. 

Un Méditerranéen
Je vois que tu utilises les réseaux sociaux pour parler de ce que tu fais. Sont-ils nécessaires et efficaces pour parler de dieu ? Y’a-t-il une manière d’aborder le sujet ?

Darja

Je suis une grande fan des réseaux sociaux. J’aime rencontrer de nouvelles personnes et de nos jours (qu’on le veuille ou non) les gens sont sur les réseaux sociaux. 

Bien sûr, il y a des pièges et l’on doit rester vigilant dans ce monde virtuel, mais je pense qu’il y a un réel potentiel de rencontre, d’échange et surtout de partage. Les réseaux sociaux sont seulement nécessaires pour partager sa foi si l’ont veut toucher cette sphère-là avec l’amour de Dieu, et moi c’est ce que je veux. 

Alors c’est ce que je fais, je partage ma vie, la privée comme la professionnelle avec mon statut de femme pasteure. Dieu fait intégralement partie de ma vie alors bien sûr je le partage en toute simplicité. 

J’ai tellement d’échange et de partage concernant mon travail en prison ou en tant que Pasteur. Je ne pense pas qu’il y ait une manière bien précise, mais je crois que le fait d’être authentique est la clé d’un bon partage. Rester soi-même et partager son cœur ! 

Un Méditerranéen
Une chanson que tu écoutes en ce moment ?

Darja

« You have won my heart » de Gateway Album « Monument », tellement MAGNIFIQUE ! Et après bien sûr EPP Music (Album « Sois le Roi »).

Un Méditerranéen
Un verset ?

Darja

Pour toujours le même : « Fais de l’Éternel tes délices et il te donnera ce que ton cœur désire » Psaumes 37,4 

Un Méditerranéen
Une devise ? 

Darja

La devise de ma vie. Cette vie est belle. Servir les gens pour une vie meilleure ! #epp  

Un Méditerranéen
Un rêve ? 

Darja

Me réveiller tous les jours avec un rêve et de tout faire pour le réaliser ! Et aussi… un bon brunch en terrasse quelque part au bord d’une plage en Corse avec mon chéri et mes 4 filles… 🙂 

Le mot femme pasteure n’est pas un gros mot. Il s’agit tout simplement d’une mauvaise interprétation de la bible. Une femme peut être pasteure, prophétesse, évangéliste, etc.

Il est également possible de se procurer son premier livre « La Tempête Passe ». Vous y découvrirez plus en détail le témoignage bouleversant de Darja et son statut de femme pasteure.

Nicolas Lopez

Ici, d’autres témoignent spirituels ou ici le témoignage de Marie-Laure Fenet, également femme pasteure. 

Si tu es une femme et que tu as envie de devenir pasteure, je t’invite à prendre avec l’une ou l’autre. Elles répondront à toutes tes questions. Le rêve que tu as de devenir pasteure n’est pas mort. Crois-le.

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3 Comments

  1. Super beau témoignage et trés inspirant pour toutes les jeunes femmes voulant servir le Seigneur. Merci Nicolas!

    1. Merci pour ton retour Jemima, ça me touche. 👌🏼

  2. […] il y a quelques mois, s’occupe de l’église implantée à Marseille. Quant à Darja Reichor, elle est pasteure de l’église EPP Saint-Victoret. Vous pouvez également retrouver son […]

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