Igor Uria, directeur des collections du musée Cristóbal Balenciaga

Igor Uria Zubizarreta est directeur des collections du musée Cristóbal Balenciaga, à Getaria, en Espagne. L’équipe Ichtus Magazine a pu rencontrer ce créatif inspirant. Nous lui poser quelques questions à propos de mode, de culture et de Méditerranée.

Par ailleurs, la mode est un excellent moyen de créer de la beauté. Elle permet de s’élever et d’affirmer notre personnalité. En effet, les vêtements ont le merveilleux pouvoir de donner le ton et le rythme à nos vies. Ils peuvent façonner notre attitude.

Se vêtir comme la personne que nous souhaiterions être permet de developper un comportement nouveau. En effet, au même titre que nous devenons ce que nous pensons; peut-on affirmer que nous devenons ce que nous portons ?

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Présentez-vous en quelques lignes

Igor Uria Zubizarreta

Je suis Igor Uria Zubizarreta, directeur des collections du Cristóbal Balenciaga museoa depuis 2014. Je travaille dans cette institution depuis 2004, ayant commencé comme responsable de la conservation-restauration et de l’enregistrement. Finalement, le fait d’étudier et de faire des recherches sur la même personne et son œuvre, pendant 18 ans, génère le sentiment que vos connaissances se limitent à ce domaine. Malgré le fait que chaque jour, vous avez l’impression de ne rien savoir de lui et de son travail. C’est un plaisir de pouvoir apprendre quelque chose chaque jour de cette maîtrise. En effet, j’aime en savoir plus sur les coupes, l’élégance dans le savoir-être, mais aussi dans le savoir-faire.

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En quoi consiste votre activité au sein du Cristobal Balenciaga Museoa ?

Igor Uria Zubizarreta

L’organisation des expositions, depuis la fonction de commissaire et la sélection des textes jusqu’à leur placement et leur présentation dans la vitrine. C’est ce à quoi je consacre le plus de temps. Cependant, tout le travail d’enregistrement et de recherche relève également de ma responsabilité quotidienne.

Ce qui génère le plus d’enthousiasme, le plus de passion, c’est le temps consacré à la recherche d’une pièce, depuis la coupe, le tissage, la datation…

Comment cette élégance qui passe inaperçue sur une table, est transformée ou bien mise en valeur sur un mannequin.

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Quel est votre rapport à la mode ?

Igor Uria Zubizarreta

La mode est un langage qui fournit beaucoup d’informations. En effet, elle permet d’en savoir plus sur chacun d’entre nous. Les choix que nous faisons lorsque nous achetons un vêtement, mais encore la façon dont nous les portons, les endroits où nous allons avec eux. Cependant, je suis d’avis qu’il n’est pas nécessaire de tout dévoiler, de tout extérioriser.

En ce moment, il semble que nous devions tout laisser à découvert, nous montrer. Je pense que le mystère d’apprendre à connaître les gens est plus intéressant.

Ces petits détails vous amènent à vous interroger sur les raisons de leurs choix. De toute évidence, il faut du temps, une conversation, du respect mutuel et de la confiance. Il valorise l’individualité, les valeurs de la vie et non l’uniformité des personnes. Voilà pourquoi je crois en un vestiaire, pas en une armoire ou un conteneur à vêtements. Une garde-robe se construit, indépendamment des modes, comme une personne à travers ses expériences.

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Quelle est votre définition de la Méditerranée ?

Igor Uria Zubizarreta

D’une expérience quotidienne plus proche de l’Atlantique que de la Méditerranée, ce que je considère qui identifie la Méditerranée est la lumière. Elle est une confluence des cultures et la coexistence à travers l’histoire. 

Cette coexistence, ce respect mutuel, ont apporté une grande richesse. Une lumière a apporté une richesse d’idées et de traditions. Une lumière qui génère un style de vie expansif, appréciant la lumière qui se reflète dans les créations de la nature et de l’homme qui l’habite.

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Parlez-nous de la dernière exposition « Alaia et Balenciaga. Sculpteurs de la forme »
actuellement présente au Cristobal Balenciaga Museoa.

Igor Uria Zubizarreta

Il s’agit d’une exposition consacrée à la collection de mode qu’Azzedine Alaïa a constituée après son départ pour acquérir des pièces, des fragments, des tissus, etc. lors de la clôture du salon de Paris en mai 1968. En effet, Alaïa était venu avec l’intention d’adapter et de vendre ensuite tout ce qu’il était autorisé à acheter dans la maison du maître de la Haute Couture. Finalement, sa vision a changé lorsqu’il est arrivé dans son atelier et a apprécié l’exquisité, l’élégance et l’intelligence de chacune de ces coutures.

En réalité, il était venu en pensant acheter de la MODE et ce qu’il avait entre les mains était du PATRIMOINE. D’ailleurs, cette exposition semblait appropriée en tant que point culminant de la série curatoriale qui avait été exposée durant les années précédentes au Cristóbal Balenciaga Museoa. « Mode et patrimoine », dont la muséographie a été conçue par Judith Clark.

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Comment l’Espagne a-t-elle influencé les créations de Cristobal Balenciaga ?

Igor Uria Zubizarreta

L’influence de l’Espagne sur le travail de Balenciaga est évidente dès la présentation de sa première collection à Paris en août 1937. Si l’on peut dire que l’Espagne a toujours été à la mode, dans le domaine de la mode ; avec les créations du couturier originaire de Getaria, cette influence s’est subtilement confirmée en revalorisant cet héritage culturel. Cela donne une vision appropriée à l’époque.

Les couleurs n’ont pas d’origine, cependant, son utilisation du noir dans certains vêtements rappelle l’Espagne noire mythifiée, l’Espagne profonde, aux racines ancrées dans la terre. En effet, cette terre, qui appartient au peuple, change de couleur en fonction de la région. Le pays de son enfance est brun, il est brun. Le brun était également synonyme de deuil, de ces humbles villages, qui teignaient leurs vêtements avec les tannins des coquilles de noix, jusqu’à ce qu’ils teignent leurs vêtements en noir. Les nuances de noir chez Balenciaga sont immenses. Beaucoup d’entre eux viennent du brun, comme disait Diana Vreeland. Par ailleurs, l’importance de ces tons chromatiques est la sublimation de l’élégance.

Dans les années 40, il y avait une couleur marron appelée Balenciaga. Sa connaissance des traditions populaires et des vêtements liés à chacune d’entre elles était très grande notamment grâce à ses expériences ainsi qu’à sa collection bibliographique et de costumes.

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Enfin, Ichtus Magazine est un magazine spirituel. Avez-vous un quelconque lien avec la
spiritualité ? Si oui, lequel ?

Igor Uria Zubizarreta

J’aime le silence, extérieur et intérieur. Un silence permissif et créatif qui apporte croissance, calme, sécurité, mais encore courage ou confiance face aux événements quotidiens.

Versión en español

Soy Igor Uria Zubizarreta, Director de colecciones del Cristóbal Balenciaga Museoa
desde 2014. Desde 2004 trabajo en esta institución, habiendo comenzado como responsable de conservación-restauración y registro. El hecho de estudiar e investigar sobre la misma persona y su obra, durante 18 años, genera una sensación de que tus conocimientos solo se reducen a ese ámbito. A pesar de que cada día sientes que desconoces todo sobre él y su obra. Es un placer poder aprender todos los días algo que se desprende de esa maestría, de esos cortes, de esa elegancia en el saber estar, en el saber hacer.
La organización de las exposiciones, comenzando desde el comisariado y selección de textos, hasta su colocación y presentación en la vitrina, es a lo que más tiempo dedico. Sin embargo, todas las gestiones de registro e investigación también quedan bajo mi responsabilidad diaria. Lo que genera mayor entusiasmo, mayor pasión es el tiempo dedicado a la investigación de una pieza, desde el corte, el tejido, la datación… Como esa elegancia que pasa desapercibida sobre una mesa, se transforma o enaltece en un maniquí.
La moda es un lenguaje que aporta muchos datos sobre cada uno de nosotros, en las elecciones que realizamos al comprar una prenda, en como la llevamos, a donde acudimos con ella…. Sin embargo, soy de la opinión que no es necesaria dejarlo todo a la intemperie, no hay porque exteriorizar todo. En estos momentos da la impresión que hay dejar todo claro, mostrarse. Considero que es más interesante el misterio de ir conociendo a las personas. Que pequeños detalles te hagan indagar sobre el porque de sus elecciones, y para eso se necesita de tiempo, de conversación, de respeto mutuo y de confianza. Valora la individualidad, los valores en la vida y no la uniformización de la gente. Creo en un Guardarropia, y no en armario o contenedor de ropa. Un guardarropía se va construyendo, con independencia de las modas, como la persona a través de sus experiencias.
Desde una experiencia diaría más cercana al Atlantico que al Mediterraneo, lo que yo considero que identifica al Mediterráneo es luz, es la confluencia de culturas y convivencias a lo largo de la historia. Es una gran riqueza lo que ha aportado esa convivencia, el respeto mutuo. Una luz ha aportado riqueza de ideas, de tradiciones. Una luz que genera un estilo de vida expansivo, apreciando esa luz que se refleja en las creaciones de la naturaleza y el hombre que la habita.
Es una muestra dedicada a la colección de moda que formó Azzedine Alaïa, tras salir de adquirir piezas, fragmentos, tejidos, etc…. al cierre del salón de Paris en mayo de 1968. Alaïa había acudido con el propósito de adaptar y vender posteriormente lo que se le permitiera comprar de la casa del maestro de Haute Couture. Su visión cambió cuando llegó a su atelier y apreció la exquisitez, la elegancia y la inteligencia de cada una de aquellas costuras. Él había acudido pensado en comprar MODA y lo que tenía en sus manos era PATRIMONIO. Es por ello que nos parecía adecuada esta exposición como colofón a la serie curatorial que se había expuesto en los años anteriores en el Cristóbal Balenciaga Museoa. «Moda y Patrimonio», con la museografía ideada por Judith Clark.
La influencia de España en la obra de Balenciaga quedó constatada desde la presentación de su primera colección en Paris, en agosto de 1937. Si bien es cierto que se podría decir que España siempre estuvo de moda, en el campo de la moda; con las creaciones del modisto de Getaria esa influencia se constató con gran sutileza, revalorizando ese patrimonio cultural y aportándole una visión adecuada al momento. Los colores no tienen un origen, sin embargo, su utilización del negro en ciertas prendas, recordaba a la mitificada España Negra, España profunda, de raíces arraigadas en la tierra. Esa tierra que pertenece al pueblo, cambia de color dependiendo de la región. La tierra de su infancia es parda, es marrón. Como pardo era el luto, de aquellos humildes pueblos, que teñían sus prendas con los taninos de las cascaras de nueces hasta teñir sus prendas en negro…. Los matices del negro en Balenciaga son inmensos. Muchos de ellos surgen del marrón, como decía Diana Vreeland. La importancia esos tonos cromáticos es la sublimación de la elegancia. En los años cuarenta hubo un color pardo que se llamaba Balenciaga. Su conocimiento de las tradiciones populares y la indumentario relacionada con cada una, era muy grande debido tanto a sus experiencias como al coleccionismo bibliográfico y de indumentaria.
Adoro el silencio, externo e interno. Un silencio permisivo, creador, que aporta crecimiento, sosiego, seguridad y valor o confianza ante los acontecimientos cotidianos.

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