Denise Bresciani, céramiste et créatrice d’installations culinaires

L’univers de Denise Bresciani est un mélange de créations artistiques, notamment grâce à la céramique, mais aussi avec ses installations culinaires. La créatrice s’inspire de ses voyages, de son expérience enrichissante, ainsi que de l’architecture pour façonner ses projets.

Les différentes expériences de chacun peuvent conduire à développer des capacités qui mettent la beauté et l’art au service de la création. L’acte créateur est présent en tous, mais certains l’alimentent plus que d’autres. Denise a choisi une vie où l’art de la céramique et le design culinaire riment avec style de vie. En effet, cette céramiste, qui vient de dévoiler sa nouvelle boutique en ligne, vit et perçoit son univers comme un terrain de jeu ponctué d’œuvres d’art, d’objets en argile et de performances culinaires bien pensées.

Par ailleurs, il est possible de trouver sur son site de merveilleux trésors qu’elle conçoit à la main, avec passion. Des objets utilitaires pour la table, des vases, des lampes, des petites tables basses et bien d’autres éléments y sont disponibles. Aujourd’hui, elle se confie à Ichtus Magazine et nous dévoile son univers, ses adresses favorites et son regard sur la céramique de demain.

(c) Les Vagues Studio / Photo 2 : (c) Corinne Deniel

1. Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique et comment vous en êtes arrivée à la céramique ?

Je suis italienne d’origine, architecte et designer de formation. Je me suis formée au Polytechnique de Milan. Pendant mes études, je passe deux ans aux Beaux-Arts de Grenade, en Espagne. Là, je développe des compétences en sculpture. À Milan, j’exerce en tant qu’architecte. À la fin des années 90, je conçois des projets de « restaurants éphémères » avec des performances culinaires.

En 2004, je m’installe en France. C’est ici que ma passion pour la cuisine me permet de changer de carrière. Finalement, je deviens artiste plasticienne et designer culinaire.

En réalité, mon travail artistique se construit autour d’installations culinaires. Elles mettent en scène des aliments et permettent au public de vivre des expériences insolites. D’ailleurs, je collabore avec des chefs, des centres d’art contemporains, des théâtres et des galeries en France et à l’international.

Le travail avec la nourriture m’amène à explorer des matières organiques et des modes de conservation archaïques : saumures, fermentations, séchages. Je cherche à transformer les aliments pour les rendre durables. J’utilise des racines, des cultures de bactéries et de levures, comme le Kombucha, et même des tripes. En fait, les aliments dialoguent avec d’autres matériaux pour créer des sculptures organiques. J’associe à la nourriture le bois, la pierre, les fibres, et d’autres éléments naturels que je trouve sur mes chemins.

Un jour, je réalise que je n’ai jamais touché à l’argile. Là, elle devient une évidence. Il y a huit ans, je m’inscris à mon premier stage de raku dans l’atelier du céramiste Jean-François Delorme, dans le Quercy. Depuis, la céramique est un médium fondamental dans ma vie d’artiste et dans mon parcours personnel. Je crois qu’elle m’accompagnera toute ma vie.

2. Quelles sont vos principales influences ou inspirations dans la création de vos œuvres ?

Je suis principalement inspirée par la nature, l’archéologie, l’architecture vernaculaire, et les figures de Constantin Brancusi, Giuseppe Penone, et Isamu Noguchi. Au fil de mes voyages, mes créations s’imprègnent des cultures de l’Inde, du Mexique et du Japon.

(c) Corinne Deniel

3. Pouvez-vous nous décrire le processus créatif derrière une de vos pièces ?

Ma pratique artistique est intuitive et expérimentale. Je mélange sculpture et objet utilitaire. J’utilise la terre pour créer un lien entre forme et matière, en continuité avec mon travail d’architecte. Chaque projet combine intimité et spontanéité. Le vivant est au cœur de mon approche, avec une posture contemplative plus que revendicative.

Dans mes œuvres, les lignes géométriques, les courbes et les textures cohabitent avec les vides et les pleins. Cela crée des variations de lumière et d’ombre. Je pense à l’échelle, à la maquette, qui devient une œuvre. J’envisage l’objet comme une anatomie humaine, animale ou minérale. Tout l’univers du vivant m’intéresse. Dans mes projets, je prends toujours en compte le rapport au corps. En tant qu’architectes, nous pensons aux besoins humains.

Je modèle mes pièces à la main. Chaque pièce est unique. Je travaille souvent plusieurs pièces en même temps. Parfois, j’utilise un pinceau et un crayon. Dans la collection OYSTER, je dépose des engobes sur les bords des assiettes avec un pinceau. Puis, j’interviens avec un crayon noir pour céramique et j’émaille en blanc. La réaction de l’émail avec les engobes et le crayon crée un effet esthétique rappelant l’univers minéral.

Je continue à expérimenter dans ma pratique avec la terre. Pour moi, l’expérience transforme les choses et ceux qui les accomplissent. Mon intérêt pour les textures vient de ma passion pour les surfaces rugueuses. C’est pourquoi j’ai commencé la céramique avec le raku. Je modèle du grès chamotté français. Sa granulométrie varie et se prête à de nombreuses finitions : lissée, grattée, brute, avec ou sans engobe, émaillé ou pas.

Je travaille dans différents ateliers, entre la ville (Marseille) et la campagne (près de Toulouse). J’ai besoin de stimulations visuelles, qu’elles soient urbaines ou champêtres. Cependant, j’ai besoin de solitude pour écouter mes impulsions.

4. Quels matériaux et outils préférez-vous utiliser dans vos créations ?

Aujourd’hui, je privilégie l’argile. Je l’associe à des fibres de chanvre, à des morceaux de bois que je trouve dans mon jardin et que je carbonise, à de la pierre volcanique des îles Éoliennes, à des coquillages de Grèce, ou même aux tripes que j’achète chez le tripier de Toulouse.

Mes outils sont principalement mes mains. Mais, si je devais en choisir un, ce serait un couteau de cuisine Opinel pour gratter la terre.

(c) Corinne Deniel

5. Y a-t-il des projets ou des œuvres particulières dont vous êtes particulièrement fière ?

En septembre 2023, je présente ma première collection, Fragile, au salon Maison & Objet à Paris. Cette collection naît du désir de relier sculpture et objet utilitaire. Elle comprend des pièces de mobilier en céramique façonnées à la main, en grès chamotté cuit en mono-cuisson (sans émail). Petites tables basses, lampes, vases, et plateaux sur pieds forment un ensemble qui me permet de collaborer avec des architectes d’intérieur. Bientôt, une collection de carrelage en grès sculpté pour des tables et crédences sera disponible.

Je suis également fière de présenter mes collections, y compris celles de la table, à travers ma nouvelle boutique en ligne. Cela me permet de valoriser un ensemble cohérent de mon travail actuel et de vendre mes pièces en France et à l’étranger.

6. Comment évolue la céramique dans le monde de l’art contemporain selon vous ?

La céramique prend de plus en plus de place dans l’art contemporain. Elle a toujours existé, mais aujourd’hui, elle semble avoir une nouvelle signification. D’ailleurs, certains artistes s’opposent aux arts numériques. Ils veulent renouer avec le passé, les traditions, et valoriser le geste comme un acte poétique et politique, tout en traitant des problématiques actuelles.

7. Quels sont les défis que vous rencontrez en tant que céramiste, et comment les surmontez-vous ?

Je suis très exigeante et j’aime soigner les détails. Je rencontre des difficultés techniques, surtout pour les pièces de grand format. Dans ce cas, je cherche des solutions, mais il arrive un moment où je dois lâcher prise. En réalité, je laisse la matière dominer, je me plie à elle. Puis, de manière instinctive, la pièce prend forme. Je découvre souvent des résultats inattendus mais intéressants.

Le plus grand défi dans ce métier, qui n’est pas toujours facile d’un point de vue commercial, est de rester passionnée. D’ailleurs, il faut continuer à construire sa propre identité et la transmettre à travers ses créations. Il faut être fidèle à soi-même dans ce que l’on fait.

8. Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans la céramique ou l’artisanat en général ?

Il faut avant tout chercher à raconter quelque chose. En effet, il faut trouver sa propre identité et se distinguer des autres. Il est aussi essentiel de connaître la matière en profondeur, même avant de maîtriser la technique.

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Donner du sens à l’invisible qui est en nous.

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Nicolas Lopez.

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