Claire Tingaud : exploration créative au fil du temps et des cultures

Claire Tingaud est une artiste plasticienne installée dans le département de la Creuse, région d’où prennent racines les fondements de sa pratique textile. Après avoir obtenu en 2014 Diplôme des Métiers d’Arts en arts textiles, elle poursuit son parcours en partant à l’étranger pendant deux ans. En effet, vit en Indonésie et au Guatemala, grâce à un programme UNESCO soutenu par la Fondation Culture et Diversité. Ces deux expériences, marquées par des contextes culturels très différents, ont enrichi sa vision artistique.

À son retour, Claire Tingaud participe à sa première résidence de création au Burkina Faso. Cette dernier s’organise en collaboration avec l’association Afrika Tiss’ et l’Institut français. C’est au cours de cette expérience qu’elle commence à intégrer de nouvelles techniques et matériaux, comme le cuir et le métal, dans ses créations textiles. En 2017, elle a l’opportunité de poursuivre cette exploration croisée entre textile et autres médiums lors d’une résidence aux Arts Codés, à Pantin. Elle y réalise une série de huit pièces en verre soufflé. Elle y intègre des extraits de tissages, en partenariat avec l’atelier GAMIL.

Comment en êtes-vous venue à mêler le textile, le son et l’installation dans vos œuvres ?mon travail repose sur le rapport a l’espace. La recherche de l’immersion par la convocation des sens  Qu’est-ce qui vous a inspirée à explorer cette interdisciplinarité ?

Durant mes études, l’envie de mélanger les médiums et les techniques était déjà très présente. Assez jeune je pensais devenir costumière justement avec l’idée de cette vision d’un tout mêlant différents éléments pour une atmosphère totale et immersive. La question du spectacle a vite été évacuée mais je pense les installations que je présente comme un voyage à part entière. En effet, je réfléchis aussi a la possibilité de rentrer dans une forme sensible particulière selon le projet en cours, la thématique abordée, et le lieu où est présenter la pièce. La nécessité de mêler le son et le textile au travers des installations est vraiment venu dans l’idée d’une immersion des sens, d’un enveloppement de l’oeil et des oreilles.

Comment les matériaux que vous choisissez (textiles, sons) influencent-ils l’émotion ou le message que vous souhaitez transmettre à travers vos installations ?

Même si aujourd’hui ma pratique repose sur une maitrise technique du textile, celle-ci n’a jamais été très conventionnelle. J’aime que la matière soit « vivante », dans le sens où elle réagit, je ne la maitrise pas complètement et elle choisit elle aussi la forme qu’elle va prendre en définitive. Tout cela est très intuitif. La maitrise technique est une base mais les choses se construisent sous mes doigts par le ressenti. Le son est arrivé avec une première collaboration sur l’installation E-Motio avec le concepteur multimédia Frederic Blin. Pour la première fois, je mettais tout en lien, mes écritures, les recherches plastiques, les concepts qui me venaient intuitivement sur le lien entre émotions, espace- paysages. Ce fut une étape très importante dans mon travail sur laquelle s’est appuyée la suite des projets et installations que j’ai menés.

Pouvez-vous nous parler du processus de création d’une installation ? Comment le textile et le son interagissent-ils dans l’espace que vous construisez ?

Le process de création d’une installation est systématiquement pensé en lien avec l’espace dans lequel elle va prendre place. C’est une sorte de projection mentale de l’ambiance, des matières, du ressenti que j’ai envie de transmettre et de l’expérience que je souhaite proposer. Le textile occupe la part visuelle et parfois le toucher quand les œuvres peuvent l’être si cela fait partie de l’expérience de l’installation (ce n’est pas toujours le cas). Le son est très souvent disposé en quadriphonie. Ou alors, il vient directement de la/des pièces qui compose l’installation. En réalité, tout dépend de ce qui est exprimé au travers de la création qui est présentée.

Quel rôle joue l’interaction avec le public dans vos œuvres ? Est-ce que vous considérez vos installations comme étant une forme de dialogue ou d’expérience participative

L’interaction est pour moi indispensable. C’est comme une rencontre, une discussion. L’œuvre n’existe pas vraiment pour moi tant qu’elle n’est pas visitée par d’autres regards que le mien.

Je ne suis pas sûre de pouvoir qualifier cela d’expérience participative. Souvent, j’invite plutôt à la contemplation. Ce processus permet une connexion personnelle au moment de la rencontre avec l’installation. Créer un système participatif ou interactif est assez technique, et selon la taille de l’installation et l’espace d’exposition, cela n’est pas toujours possible. Cependant, l’objectif reste de proposer une expérience de rencontre entre l’œuvre et le public.

Y a-t-il des thématiques ou des idées récurrentes qui traversent vos créations ? Quelles sont les questions ou réflexions que vous souhaitez susciter chez vos spectateurs ?

La notion de lien entre paysage et émotion est centrale pour moi. En effet, je n’ai pas encore réussi à m’en défaire pour l’instant. En fait, je pense qu’elle accompagnera encore longtemps les réflexions qui traversent les pièces que je créé. Ce qui m’intéresse c’est d’amener à se questionner sur ce qu’on ressent. Finalement, je souhaite déclencher une émotion et que celle-ci soit plus ou moins palpable/reconnaissable pour susciter une curiosité. Parfois je peux le faire de façon plus ou moins directe.

Il arrive que je mette les pieds dans le plat directement et que j’aborde la question frontalement comme durant la résidence de création et médiation au Confort Moderne de Poitiers avec une classe de collégiens. Le texte était clair : « l’intime est politique ». Je leur ai directement posé la question de la place de leurs émotions dans les espaces où ils passent le plus de temps, c’est à dire l’école. Ça donné lieu à une expérience très forte autant pour elleux que pour moi.

Avez-vous des influences artistiques ou des références culturelles particulières qui nourrissent votre travail, que ce soit dans le domaine des arts plastiques ou au-delà ?

Je n’ai jamais été très forte pour retenir les noms et les références historiques. Je crois que mon travail se nourrit de référence. D’ailleurs, cela se passe de façon inconsciente et intuitive, comme lors du process de création. J’aime me nourrir des rencontres vivantes et actuelles, des collaborations qui font naitre des idées communes. L’exposition ENTRELACS au salin des pesquiers a été une de ces expériences collectives. Il y a des idées de création collective à venir avec notamment Rodolphe Macabéo du collectif U2P050 qui a créé la bande sonore de l’exposition.

Le domaine du son prend une place de plus en plus particulière dans mon process de création et de même pour l’écriture. Lisette Lombé, poétesse et slameuse, est une découverte pépite dernièrement. De la même façon que j’ai beaucoup d’admiration pour le travail de performance de Hortense Raynal, également poétesse.

Ichtus Magazine est un magazine web spirituel et culturel. Quelle est votre définition de la Spiritualité ?

La spiritualité est peut-être quelque chose entre la philosophie et la poésie pour moi. Elle permet une connexion à soi, aux autres et au monde qui nous entoure. Un monde qui nous est propre et qui, parfois, peut se partager.

Quelles sont vos 5 adresses favorites (bar, restaurant, hôtel, un jardin, un plage, chez vous …

De par mon activité artistique je me retrouve très souvent en itinérance. Par conséquent, je découvre de nouveaux lieux. C’est un petit plaisir non négligeable.

J’aime être sur la route et m’arrêter sur une place de village en terrasse et boire un café en regardant la vie qui se déplace autour. Ce sont des moments privilégiés pour moi. Des moments où on laisse de la place au vide, où littéralement on « vaque » à peut être pas grand chose. Mais c’est largement suffisant. Dernièrement les lieux qui m’ont marquée émotionnellement sont les hauteurs du parc naturel du Lubéron avec vue sur les Alpes au loin, la plage de l’Estaque en hiver et l’odeur de l’eau salée.

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Nicolas Lopez.

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