ECCHO, fait dialoguer design vintage et art de vivre contemporain

Le showroom marseillais ECCHO s’impose en quelques mois comme une adresse singulière pour les amateurs de mobilier vintage. Fondé par Ananda et Chloé, le lieu explore les années 60 à 90 avec exigence et sensibilité. Plus qu’un commerce, ECCHO revendique la vision d’un design vivant, qui traverse le temps et accompagne les existences.

Photographe : Maxence Renard

1. ECCHO est né de deux trajectoires différentes. Ananda, vous venez de la tech. Comment cette transition s’est-elle opérée ?

Ananda :
J’ai suivi un parcours assez classique : école de commerce, puis des postes en marketing et en gestion de produit dans la tech santé. J’aimais la rigueur, la stratégie, la construction de projets. Mais en parallèle, je rénovais des appartements anciens avec mon mari. Nous avons mené plusieurs projets en conservant toujours les éléments d’origine : moulures, cheminées, tomettes… Ce rapport à l’ancien m’a profondément marquée. Il y a quelque chose d’émouvant dans la continuité d’un lieu.

Lorsque j’ai travaillé dans l’immobilier à Marseille, j’ai compris combien la mise en scène était essentielle. Un espace vide reste abstrait. Un espace meublé permet de se projeter. Je cherchais donc des pièces capables de dialoguer avec l’architecture ancienne sans la trahir. Le vintage s’est imposé comme une évidence : il apporte une profondeur, une patine, une authenticité que le mobilier neuf peine parfois à offrir.

2. Chloé, votre parcours est différent. Comment est née votre sensibilité au design ?

Chloé :
J’ai travaillé pendant quinze ans dans le prêt-à-porter multimarques. Mon rôle consistait à composer des univers, à sélectionner des pièces, à créer des cohérences visuelles en boutique. Ce métier m’a appris à observer les matières, les coupes, les textures, mais aussi à comprendre les attentes des clients. Un vêtement bien mis en scène change complètement la perception que l’on en a.

Avec le temps, j’ai eu envie de m’inscrire dans quelque chose de plus durable. La mode est, par essence, saisonnière. Le mobilier, lui, traverse les années. Il accompagne les moments de vie. Quand Ananda m’a parlé d’ECCHO, j’ai tout de suite vu le lien : on retrouvait la mise en scène, le goût des matières, mais avec une dimension temporelle plus forte.

3. Les années 60 à 80 semblent constituer votre cœur esthétique. Qu’est-ce qui vous touche dans cette période ?

Ananda :
Ce sont des décennies d’expérimentation. Les designers osent. Ils jouent avec le chrome, le verre fumé, les bois chaleureux. Les lignes sont parfois géométriques, parfois très enveloppantes. Il y a un équilibre entre fonctionnalité et sculpture. Une desserte roulante n’est pas qu’un objet pratique : c’est une silhouette, une présence dans l’espace. J’aime aussi beaucoup le mobilier italien de cette époque. Il possède une dimension architecturale, presque théâtrale, tout en restant pensé pour le quotidien.

Chloé :
Je suis très sensible à la lumière sur les matières. Un verre teinté qui capte la lumière, un bois qui a vécu, un métal légèrement marqué par le temps… Ces traces racontent quelque chose. Ce qui me touche, c’est la capacité de ces pièces à rester actuelles. Placées dans un intérieur contemporain, elles apportent du caractère sans l’alourdir.

4. Comment sélectionnez-vous vos pièces ? La signature d’un designer est-elle déterminante ?

Chloé :
Nous aimons les pièces signées, bien sûr, mais ce n’est pas un critère absolu. Une pièce anonyme peut être bouleversante par sa ligne ou sa qualité de fabrication. Nous fonctionnons au coup de cœur, mais c’est un coup de cœur exigeant. Nous nous demandons toujours : est-ce que cette pièce a une présence ? Est-ce qu’elle pourrait vivre chez nous ?

Ananda :
Ensuite, nous faisons des recherches. Nous consultons des catalogues, des archives, des ventes aux enchères. Et puis, nous apprenons au fil du temps. Enfin, nous ne revendiquons pas une érudition académique. Ce qui nous caractérise, c’est une sensibilité. Nous assumons cette approche intuitive, tout en cherchant à approfondir nos connaissances.

5. La fonctionnalité occupe-t-elle une place importante dans votre vision ?

Ananda :
Oui, parce que la beauté seule ne suffit pas. Un meuble doit être utilisé, habité. Les dessertes, les tables modulables, les étagères évolutives fonctionnent très bien. Elles permettent d’adapter l’espace, de recevoir, de vivre. C’est cette dimension vivante qui nous intéresse.

Chloé :
Depuis le Covid, l’intérieur est devenu un refuge. Les gens ont pris conscience de l’importance de leur environnement quotidien. Une belle pièce, même petite, peut transformer une atmosphère. Nous aimons l’idée que nos objets participent au bien-être.

6. Pourquoi avoir choisi un showroom ouvert sur rendez-vous ?

Chloé :
Nous voulions éviter l’accumulation. Ici, les pièces respirent. Chaque objet a l’espace d’exister. Le rendez-vous permet aussi un échange plus intime. Nous prenons le temps d’écouter, de comprendre les envies, parfois de bousculer un peu les certitudes.

Ananda :
C’est presque un accompagnement esthétique. Certaines clientes arrivent avec des idées très précises. Nous aimons leur proposer des alternatives, ouvrir le champ des possibles.

7. ECCHO développe également la location pour le cinéma et l’événementiel. Comment cela s’inscrit-il dans votre démarche ?

Ananda :
Un meuble ne doit pas dormir dans un entrepôt. Il doit circuler. Être vu, photographié, habité. La location permet à une pièce de vivre plusieurs histoires. C’est cohérent avec notre vision : prolonger la vie des objets.

Chloé :
C’est aussi une manière responsable de consommer. Plutôt que d’acheter du neuf pour un usage ponctuel, on réutilise des pièces existantes.

8. Que signifie le nom ECCHO ?

Ananda :
Il y a d’abord l’idée de l’écho : l’écho du passé qui résonne dans le présent. Nos pièces ne sont pas figées dans une époque, elles dialoguent avec aujourd’hui. Mais il y a aussi une sonorité italienne. Nous avons une affection particulière pour le design italien des années 70. “Eccoci”, en italien, signifie “nous voilà”. Cela évoque l’arrivée d’une pièce au showroom, comme une apparition.

Chloé :
ECCHO, c’est aussi cette idée de résonance. Un objet quitte une maison pour en rejoindre une autre. Il laisse une trace, puis en crée une nouvelle. Le nom raconte ce mouvement : un va-et-vient entre les époques, entre les vies.

9. Finalement, ECCHO est-il un commerce ou un lieu de transmission ?

Chloé :
Évidemment, il faut vendre pour continuer à acheter. Mais si ce n’était que cela, le projet n’aurait pas de sens.

Ananda :
Nous croyons que le design est une manière d’habiter le temps. Un meuble traverse les générations. Il accompagne des moments de vie. Ce que nous faisons, c’est permettre à ces objets de continuer leur chemin. ECCHO, c’est cette circulation-là : celle de la beauté et de la mémoire.

Eccho : 98 rue Stanislas de Torrents, 13006 Marseille

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Par Monia Haddad, pigiste 

 

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