Écrire une nouvelle en une journée sans maîtriser les codes du genre, simplement en observant un parc, une statue ou le vol d’un oiseau. À Albi, les ateliers animés par Lydie Humbert, coach professionnelle, invitent les participants à explorer leur imaginaire à partir de ce qui les entoure. Une expérience créative qui permet parfois de retrouver un chemin vers soi.
10 heures, parc Rochegude, un samedi matin. En compagnie d’Anne et de Colette, deux autres participantes, nous traversons les allées bordées de buis taillés et d’anémones coronaires. Lydie Humbert, l’animatrice de l’atelier, nous annonce la thématique du jour : nous écrirons une nouvelle. Intriguée, Anne demande comment s’y prendre. Aucune d’entre nous ne maîtrise réellement les techniques du genre. Assises sur un banc, nous découvrons alors quelques textes courts devenus célèbres : « À vendre : chaussures de bébé, jamais portées » d’Ernest Hemingway ou encore « Le Dernier Homme » de Fredric Brown.
L’objectif n’est pas d’apprendre des règles littéraires par cœur. Il s’agit plutôt de ressentir un univers, de comprendre la trajectoire d’un personnage et d’observer la manière dont une histoire se construit. Nous ne sommes pas dans un cours théorique, mais dans un espace d’expérimentation. S’ancrer dans le réel pour nourrir l’imaginaire : « Baladez-vous dans le parc, puis demandez-vous : qu’est-ce que j’entends ? Qu’est-ce que je vois ? Où ai-je envie de m’asseoir ? Qu’est-ce qui me touche ? » nous propose Lydie. Pendant une trentaine de minutes, chacune déambule librement. Je suis attirée par les cyprès qui bordent le ruisseau et amusée par les canards qui glissent paisiblement aux côtés des cygnes. Cette atmosphère sereine contraste avec mon état intérieur. De ce décalage naissent peu à peu un personnage et une intrigue.


Colette, elle, s’attarde devant l’architecture de l’hôtel Rochegude puis devant la statue romantique de la Muse consolatrice.
Le thème du souvenir s’impose à elle. Anne, fascinée par la richesse florale du parc, imagine déjà un univers peuplé de fées et de farfadets. Écrire pour renouer avec soi : ces mondes imaginaires prennent racine dans les histoires, les émotions et les préoccupations de chacune. « Ce qui me fascine dans l’écriture, c’est la simplicité du geste. Je fais de la broderie créative. Il faut beaucoup de matériel. Là, un papier, un stylo, et c’est parti ! », raconte Anne. Pour Colette, l’écriture représente avant tout une source d’apaisement. Collectionneuse de poèmes depuis des années, elle s’est tournée vers l’écriture créative après avoir consacré beaucoup de temps au tricot associatif. Une manière, dit-elle, de se retrouver.
Lydie Humbert connaît bien ce besoin. Passionnée d’écriture depuis l’enfance, elle avait pourtant choisi des études scientifiques avant de mener une carrière dans l’ingénierie aéronautique. Après un burn-out, elle revient progressivement à ce qui l’anime profondément. « Avec l’écriture, je me rendais compte que je pouvais susciter l’émotion. C’est une autre forme d’expression », confie-t-elle.
Aujourd’hui, Lydie Humbert anime des ateliers d’écriture et accompagne également des clients à travers les thérapies narratives.
Une approche qui utilise le récit pour aider les personnes à revisiter leur histoire et à faire émerger leurs ressources. Le silence pour laisser vivre les récits : à 14 heures, nous quittons le parc pour rejoindre l’atelier de broderie d’Anne. Les fils colorés, les tissus et les ouvrages en cours entourent désormais nos feuilles blanches. Après avoir observé, marché et pris des notes toute la matinée, il est temps de se mettre à écrire. Pendant une heure et demie, le silence s’installe. Chacune se concentre sur son histoire. Les personnages prennent vie, les intrigues se dessinent et les paysages imaginaires remplacent peu à peu les murs de l’atelier.
Anne donne naissance à Camille, une chercheuse spécialiste des forêts qui intervient lors d’une conférence consacrée au changement climatique. Autour d’elle gravite un peuple de fées, de farfadets et de sages confrontés à la disparition du châtaignier. Entre science et merveilleux, son récit délivre un message d’espoir : face aux bouleversements, la survie passe par l’adaptation, la créativité et la coopération.
Colette imagine quant à elle l’histoire d’un jeune poète-musicien en quête d’inspiration. Fasciné par une mystérieuse figure féminine surgie de son imagination, il se laisse peu à peu captiver jusqu’à disparaître dans son propre rêve. Son texte explore les frontières mouvantes entre création, désir et consolation.
À la fin de l’après-midi, les feuilles se remplissent de personnages, de souvenirs et de mondes imaginaires. Nés d’une promenade dans le parc puis façonnés dans le calme de l’atelier, les récits sont tous différents. Pourtant, ils répondent à une même invitation : prêter attention à ce qui nous touche. L’écriture apparaît alors moins comme une technique à maîtriser que comme une manière de se rencontrer soi-même. Une page après l’autre.
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Par Monia Haddad, pigiste santé et bien-être

