Le bois comme matière première, le monde comme point de départ. Le 22 janvier 2026, l’exposition « Gibus : entre les lignes » investit les murs de l’Institut Catholique de Toulouse. Une invitation à ralentir, à observer et, surtout, à interroger notre époque à travers les sculptures de l’artiste Gibus.
Dès l’entrée, le visiteur est happé par une scénographie conçue comme un parcours circulaire. À gauche, Le Destin et la Passivité ; à droite, Chercheur de vérité. Aucun sens imposé, mais une traversée libre, presque méditative. Plus loin, une œuvre retient particulièrement l’attention : Il pense qu’il monte. Le personnage y descend un escalier à l’envers, image troublante d’un monde qui croit progresser alors qu’il s’égare. « Je suis subjuguée par l’expressivité des sculptures », confie l’épouse du peintre Victor Gray, venue découvrir l’exposition.
L’art comme outil de questionnement du monde contemporain
À l’origine de cette exposition, Pascale Cavalès, maîtresse de conférences à l’ICT et organisatrice de l’événement. Depuis 2012, elle conçoit trois expositions d’art contemporain par an au sein de l’institution. Une programmation guidée par une même exigence : utiliser l’art pour interroger le monde contemporain et sa portée critique. Cette année, son choix s’est naturellement porté sur Gibus, dont le travail dialogue étroitement avec ces enjeux.
« Je suis incapable de créer si je n’ai rien à dire »
Chez Gibus, la création n’est jamais décorative. « Je suis incapable de créer si je n’ai rien à dire », affirme-t-il. Tout commence par une observation patiente du réel. « Je n’interprète pas le réel au premier degré », précise l’artiste. Ce dernier rappelle que son travail vise davantage le déplacement du regard que la dénonciation frontale. Dans l’œuvre I am not an AI, il extrapole pour alerter sur les dérives possibles de l’intelligence artificielle dans nos vies quotidiennes. Le bois, matière vivante et brute, devient alors un contrepoint à la froideur technologique, un rappel de notre humanité.
Un pas de côté spirituel et philosophique
Ce positionnement trouve un écho fort auprès des visiteurs. Pour Colette Chaudoreille, spectatrice de l’exposition, « la vision de l’artiste est précieuse parce qu’il s’extrait de la société tout en parlant d’elle. C’est un pas de côté dont on a profondément besoin aujourd’hui ». Une respiration dans un monde saturé de discours immédiats. Avec « Entre les lignes », Gibus propose une expérience sensible et réflexive, où la sculpture devient langage, et le bois un médium pour dire, sans asséner, les tensions, les dérives et les espoirs de notre temps.



Exposition du 23 janvier au 21 février 2026, dans l’espace muséographique de l’ICT, 31 rue de la Fonderie, Toulouse. Du mercredi au samedi, de 15h à 19h.
Dans le prolongement de cette réflexion, le travail de Gibus se déploie également hors des murs de l’Institut Catholique de Toulouse. En 2026, l’artiste ouvre la programmation annuelle de la Galerie OAK aux côtés de Maryi, dans une exposition pensée comme un véritable champ d’expérimentation. Ici, les œuvres dialoguent, se répondent, parfois se transforment, dans un espace où la matière devient langage et où le silence prend toute sa place. Cette exposition inaugurale entre en résonance directe avec Entre les lignes, le solo show sculptural présenté à l’ICT. Elle en prolonge les questionnements, explorant ce qui demeure lorsque la parole se retire, lorsque le sens n’est plus asséné mais suggéré. La Galerie OAK devient alors un lieu de continuité, presque un laboratoire, où l’essentiel se cherche dans la relation entre formes, gestes et perceptions.
Pensée comme un temps inaugural, cette proposition met en regard deux démarches artistiques qui interrogent le processus de création autant que la matière elle-même.
En dialogue, l’univers de Maryi apporte une autre forme de résonance. Plus délicate, plus abstraite, sa pratique se déploie à travers des collages inédits conçus comme des espaces de suspension. Fragments de papiers, superpositions, lignes interrompues et zones d’effacement composent un langage visuel où l’image ne s’impose jamais frontalement. Elle se laisse approcher, presque deviner, prolongeant ainsi l’expérience introspective amorcée à l’ICT. La confrontation des deux univers ne cherche pas la fusion, mais l’écoute. En realite, là où Gibus affirme une présence narrative et expressive, Maryi ouvre des zones de retrait. Ensemble, ils dessinent un champ de perceptions sensibles, où le regard circule entre matière et absence, entre tension et silence. Une conversation visuelle qui invite le spectateur à ralentir, à éprouver plutôt qu’à comprendre immédiatement.
Cette exposition à la Galerie OAK est proposée par Antoine Vignault, et s’inscrit dans une sélection exclusive de mobilier d’artistes contemporains et de pièces de design du XXᵉ siècle choisies par Emmanuelle Vidal.
Un dialogue supplémentaire s’instaure alors entre art, design et espace, renforçant l’idée d’un parcours où chaque élément participe à une même recherche de sens et de cohérence. Avec cette double présence à l’ICT et à la Galerie OAK, Gibus affirme une œuvre profondément ancrée dans son temps, capable de se déployer dans différents contextes tout en conservant une exigence intacte. Entre le bois sculpté, le papier fragmenté et les espaces habités par le silence, se dessine une même invitation : celle de regarder autrement, entre les lignes, là où le monde se dit sans bruit.
Du 23 janvier au 28 février 2026, 2 place Montoulieu, Toulouse – France. Du mercredi au samedi, de 14h à 19h, ou sur rendez-vous.
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Monia Haddad

