Jérémy Aymard conçoit et fabrique des objets en bois sculptés au sein d’ICI Marseille, une manufacture partagée située dans les quartiers nord de Marseille. Son travail artisanal sensible et contemporain attire l’attention.
En activité depuis 2020 en autodidacte, Jérémy se lance finalement à son compte en 2023 et aménage son atelier dans un conteneur maritime dans la manufacture d’ICI Marseille. L’ébéniste y côtoie tous les jours d’autres artisans (menuisiers, ferronniers, céramistes, couturiers, etc.) ce qui lui permet de travailler dans un univers inspirant et dans lequel il peut s’épanouir.
Découvrant l’univers du bois pendant ses études en design, Jérémy décide par la suite d’en faire son matériau de prédilection. Il commence son parcours à l’ENSAAMA Olivier de Serres (Paris), en design de produits, où il se forme à la conception d’objets industriels. Il rejoint ensuite l’ENSCI (Paris) où il explore différentes disciplines du design et développe un intérêt pour le « fait main ». Attiré par le matériau bois, il entame alors un nouveau parcours dans l’artisanat et obtient le CAP Menuisier chez les Compagnons.




Photo 1,2 et 3 : ©️ mavenspictures photo 4 : ©️ Juliet airs
Tu es ébéniste et designer. Pourquoi le bois ?
C’est un matériau que j’ai découvert durant mes études de design. J’ai commencé à l’utiliser pour des maquettes et des prototypes, jusqu’à l’employer pour la fabrication d’objets. L’ENSCI à la particularité de réunir plusieurs ateliers, dont un de menuiserie. J’ai pu ainsi me familiariser avec les machines et développer ma sensibilité pour le bois.
Après mes études de design, je me suis tourné vers l’artisanat et les métiers du bois, car je ressentais un besoin de « savoir-faire » et de maîtrise technique. Je suis revenu vivre chez moi, dans le sud, et me suis dirigé vers l’artisanat en intégrant le CAP Menuiserie. Ce que j’aime dans le bois : c’est un matériau qui offre beaucoup de possibilités de transformation et un large choix d’essences.
J’ai commencé la sculpture à la fin de mon CAP en 2020, en parallèle de mon travail dans l’atelier de menuiserie d’agencement où je travaillais à l’époque. La sculpture me permet entre autres une approche plus spontanée. Très rapidement, je peux formaliser une idée, car c’est une pratique plus instinctive. Même si je passe du temps à imaginer mes pièces sous forme de croquis, il y a toujours ce moment où j’ai besoin de « taper » dans la matière pour donner corps à l’objet. Dans mon quotidien, la sculpture est devenue un moyen d’expression à part entière.
Cette matière est-elle une bonne alternative pour les personnes qui souhaitent se diriger vers des achats plus responsables ?
Je ne dirais pas que c’est le matériau en tant que tel qui rend un achat responsable, c’est plutôt la filière dont il provient. Aujourd’hui pour retrouver plus de responsabilité dans ces achats, il est préférable de se tourner vers l’artisanat, qui propose des ouvrages conçus pour durer. Mais attention, à notre échelle aussi il est compliqué d’être à 100 % vertueux. Nous devons faire attention à la traçabilité de nos matériaux, réduire l’emploi de produits chimiques (vernis, colle), et mieux gérer nos déchets.
Consommer de l’artisanat, c’est partager l’histoire d’un passionné, c’est valoriser un savoir-faire, c’est soutenir la production locale, c’est plus de contact humain. L’acheteur aura forcément une histoire à raconter à propos de son achat.
Le frein qui persiste aujourd’hui reste avant tout le prix. L’artisanat coûte cher, à l’image du bio dans le domaine de l’alimentation. On encourage le consommateur à être plus responsable sans lui en donner les moyens. D’un côté, on valorise de plus en plus l’artisanat tandis que de l’autre des sites comme Temu ou Shein promeuvent une vision et des valeurs radicalement opposées.




Comment décrirais-tu ton travail ?
Aujourd’hui, ce sont des objets sculptés dans des chutes d’atelier que je collecte au sein de la manufacture. C’est une manière de lutter contre le gaspillage en valorisant les rebuts qui ne sont pas forcément de moindre qualité. Par la suite, j’aimerais travailler des plus gros volumes, passer de l’objet au mobilier.
Ma démarche consiste à transformer la matière brute en objets usuels et empreints d’une sensibilité singulière. En tant qu’artisan et designer, je cherche dans mes créations le point d’équilibre entre ces deux disciplines. Guidé par l’authenticité du geste et le respect de la matière, je tente néanmoins d’innover et d’expérimenter au travers d’une approche plus contemporaine. J’explore jour après jour, des gestes, des formes, des textures et des teintes, afin d’inventer un langage personnel où se rencontrent géométrie élémentaire et manifestation organique
Quelle est ta différence ?
Mon parcours ! Quand j’aborde une pièce ou un projet, je me positionne à mi-chemin entre l’artisanat et le design. C’est la volonté de perpétuer un savoir-faire tout en cherchant à innover.
Pour le travail du bois en tant que tel, je tends vers une forme de minimalisme auquel s’agrège une vibration par la texture. J’aime personnifier mes créations comme si c’étaient des créatures. Je pense mes pièces comme des objets de compagnie. En tant que créateur, je noue une relation avec chacune des œuvres. Il y a un dialogue qui se crée depuis l’idée jusqu’à la fabrication. Ensuite, elles changent de main et inscrivent leurs histoires ailleurs.




Ichtus Magazine est un magazine spirituel. Quelle est ta définition de la spiritualité ?
Pour moi, c’est tout d’abord un chemin personnel pour comprendre le monde et sa raison d’être. Puis, c’est une quête de sens. Personnellement, je crois en la beauté. C’est en quelque sorte ma quête, un but auquel j’essaie de contribuer. Enfin, c’est une quête de soi. C’est chercher à se comprendre dans un premier temps, puis à agir pour être aligné avec ses valeurs. Quelque part, le fait d’entreprendre en tant qu’artisan-créateur participe à cette démarche.
Par ailleurs, la sculpture m’invite à l’introspection. C’est une pratique qui flirte avec la méditation dans le sens où elle me permet de me questionner sur moi en tant que créateur. Mais c’est aussi une activité qui se rapproche d’un sport de combat. C’est une confrontation avec la matière qui ne se laisse pas si facilement dompter. Et de même, c’est une lutte avec soi-même, car cela demande de la patience, un long apprentissage et une remise en question permanente.
Ce qui l’inspire en ce moment :
- Je m’inspire souvent d’un détail, d’un élément, qu’il soit architectural, minéral ou encore pictural. J’aime beaucoup le travail de l’artiste Virginie Hucher. Il y a un dialogue des formes qui me parle. Ses toiles de formes abstraites me font penser à des familles de personnages.
- Le podcast Voie du réseau Artisan d’Avenir.
- Une citation d’Orelsan dans sa chanson ‘notes pour trop tard’ : “si tu veux faire des films, t’as juste besoin d’un truc qui filme”. Cette phrase m’a définitivement convaincu qu’il n’y avait pas de bons moments pour me lancer. Du coup, j’ai démarré avec 4 gouges, un morceau de bois et l’envie de m’exprimer.
- Ma collaboration avec la céramiste Julie Landemarre dans le cadre de la seconde édition de l’exposition collective des Partisan.e.s. Ce projet m’a permis de découvrir un peu plus le monde de la céramique : ses atouts comme ses défis.
- Et puis bien sûr la ville de Marseille qui m’inspire de par sa complexité. C’est une ville en perpétuel mouvement et constante transformation. Je trouve cette effervescence très inspirante.




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Nicolas Lopez.

