Julie Mallet, le design conscient entre Méditerranée et matière

Née dans le Sud et façonnée par le mouvement, Julie Mallet incarne une génération de designers pour qui le parcours de vie nourrit directement la création. De Carcassonne à Montpellier, puis Barcelone, avant un retour assumé à Marseille, son itinéraire géographique dessine déjà une manière d’habiter le monde : sans ancrage figé, mais avec une fidélité profonde à la Méditerranée.

Formée d’abord au droit, puis à l’architecture intérieure, Julie Mallet développe très tôt un rapport conceptuel à l’espace. Toutefois, au fil des années, c’est vers l’objet qu’elle choisit de se tourner, non pas comme simple forme, mais comme vecteur de sens. Dès lors, chaque création devient une histoire condensée, un fragment de vécu, une tension entre matière, usage et émotion. Cependant, ce qui distingue véritablement son travail, c’est la place centrale accordée à la responsabilité écologique. Ici, le choix des matériaux n’est jamais décoratif. Bien au contraire, il structure l’ensemble de la démarche. Julie Mallet travaille quasi exclusivement avec des filaments PLA 100 % biosourcés, teints à partir de résidus organiques ou minéraux. Cela comprend : marc de café collecté en restauration, déchets d’ardoisières, peau d’orange ou marc de raisin. Ainsi, la couleur elle-même devient un récit de transformation, un passage du rebut à l’objet désirable.

En 2017, un déménagement agit comme un déclencheur. En concevant son propre mobilier, elle réalise qu’elle sait dessiner mais pas fabriquer. Elle intègre alors le Fablab Barcelona en 2018, où elle se forme à la fabrication numérique, au travail de la matière et à l’apprentissage par la pratique. Aujourd’hui, son passé d’architecte d’intérieur nourrit une approche globale du design. Elle conçoit chaque pièce en lien avec l’espace, privilégie le sur-mesure et développe des luminaires singuliers, à la lumière douce et enveloppante, conçus à partir de matériaux biosourcés. Une pratique guidée par la curiosité, l’expérimentation et la recherche de sens.

La question de la provenance s’impose comme une évidence.

Autant que possible, les matériaux sont sourcés en France ou en Europe. En effet, Julie se tourne notamment auprès d’un fournisseur situé près du Havre. Si certaines contraintes techniques (comme les composants électriques) rendent parfois le compromis inévitable, l’intention reste claire : réduire l’impact, sans céder à l’illusion du greenwashing.

Portrait (c) Clément Mahoudeau

Julie Mallet revendique une approche résolument slow design.

Ici, pas de stock, pas de production anticipée. Chaque pièce est fabriquée à la commande. Ce choix, loin d’être uniquement économique, répond à une vision du monde : produire moins, mais mieux. L’idée est de laisser du temps au temps. Accepter que la création nécessite de l’attente, de l’ajustement, de l’erreur parfois. De ce fait, chaque objet reste personnalisable, couleurs, textures, dimensions, détails techniques, afin de s’adapter précisément à un lieu et à une personne. Ainsi, le sur-mesure devient un terrain d’expression privilégié. Ancienne architecte d’intérieur, Julie Mallet connaît la difficulté de trouver des pièces singulières, capables de sublimer un espace sans le standardiser. Concevoir un luminaire pour un projet précis, c’est alors penser l’objet dans son environnement, en dialogue avec l’architecture, la lumière et les usages. Si cette démarche est plus exigeante et moins rentable à court terme, elle nourrit cependant un processus d’amélioration continue, essentiel à son équilibre créatif.

D’un point de vue esthétique, la designer assume un certain détachement vis-à-vis de l’esthétique technologique brute de l’impression 3D. Pour elle, la fabrication numérique n’est qu’un médium, un outil au service d’un propos plus large. Ce qu’elle recherche avant tout, c’est une forme de poésie presque thérapeutique, où les objets accueillent aussi bien le beau que le fragile, le souvenir que la faille.

La Méditerranée traverse l’ensemble de son univers.

Plus qu’un décor, elle constitue un socle émotionnel. Marseille, choisie pour son énergie libre, chaotique et vibrante, lui rappelle Barcelone et d’autres villes portuaires où la mer fait corps avec la ville. C’est là, au contact de cette lumière et de cette tension permanente, que Julie Mallet se sent chez elle.

Quant à l’avenir, elle le regarde avec à la fois enthousiasme et vigilance. Curieuse des biomatériaux émergents, résine de pin, algues, composites organiques, elle rêve de développer un matériau issu de ressources locales, notamment à partir de la posidonie, abondante sur les plages méditerranéennes. À plus long terme, elle imagine aussi un atelier circulaire, capable de recycler ses propres déchets d’impression 3D pour créer de nouvelles matières et de nouveaux objets.

Enfin, lorsqu’elle évoque la spiritualité, Julie Mallet s’éloigne des dogmes pour proposer une vision sensible et imagée. Pour elle, la spiritualité est une interconnexion invisible entre les êtres, les éléments et les événements. Une manière de se relier au monde, à la nature, aux autres, et surtout à soi-même. Une approche qui, finalement, résonne profondément avec son design : attentif, incarné, et intimement relié au vivant.

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Nicolas Lopez.

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