Lucile Ricourt, enseignante Vibhava Yoga et facilitatrice de Kirtan

Lucile Ricourt enseigne le Vibhava yoga et propose des ateliers de Kirtan, une pratique de chant dévotionnel, à Marseille. Son univers s’ancre dans la transmission de valeurs profondes liées au bien-être par le corps et à la santé, notamment chinoise.

Son désir ? Faire en sorte que vous alliez un peu mieux à chaque fin de cours. D’ailleurs, elle prodigue ses enseignements dans plusieurs établissements à Marseille, dont Studio Tribu et Bloom Yoga. Lucile vous aide à vous réconcilier avec vous-même. Bien entendu, le chemin est différent pour chacun. En realite, il est possible d’affirmer que lorsque nous choisissons d’aligner nos actions avec nos valeurs, que ce soit par le yoga ou une autre forme de pratique de développement spirituel, notre vie se dirige dans le sens de nos rêves. Cette amoureuse des voyage inspirera donc celles et ceux qui souhaitent expérimenter le bien-être sous la forme que Lucile dispense.

L’entretien que vous vous apprêtez à lire contient des réponses qui vous aideront à mieux comprendre les pratiques qu’elle enseigne. Par ailleurs, vous y trouverez également ses adresses préférées ainsi que sa définition de la spiritualité. Laissez-vous porter par la puissance des mots, c’est de la nature pour votre esprit et votre cœur.

1. Qu’est-ce que le Vibhava yoga et en quoi diffère-t-il des autres formes de yoga que l’on pratique généralement ?

Le Vibhava Yoga est une méthode créée par mon professeur Heberson Oliveira. Ce dernier a plus de 20 ans d’expérience de pratique et enseignement. Elle est inspirée d’une pratique de yoga très ancienne et ancrée dans la tradition, adaptée à notre ère moderne. Vibhava est un mot sanskrit qui veut dire « évolution »: ainsi on rend le yoga accessible, adapté et évolutif pour tous les pratiquants peu importe l’expérience. La méthode s’adresse à un public très varié de part sa pédagogie spécifique. Ce que j’aime quand j’enseigne le Vibhava c’est de pouvoir réunir autour d’une pratique des personnes de tout âge, des adolescents jusqu’aux retraités. Tout le monde s’y retrouve dans cette pratique et s’inspire mutuellement. En effet, les expérimentés montrent la voie aux novices, et les novices rappellent les expérimentés ou ceux avec des facilités à l’humilité et la bienveillance.

2. Comment le Vibhava yoga aide-t-il à équilibrer le corps et l’esprit. Quelles sont ses particularités par rapport à d’autres styles ?

Le Vibhava Yoga mobilise toutes les couches du corps. En bref, on parle du corps physique mais aussi du corps mental, énergétique, émotionnel et subtil. Contrairement à d’autres pratiques où les ásanas (postures) sont mis en avant pour répondre à une attente de culture du corps, les outils et pratiques énergétiques sont placés au centre du Vibhava Yoga. L’évolution de la pratique est présente sous deux formes: la cyclicité thématique, où l’on travaille la mobilité, la force, la souplesse, ou l’équilibre pendant une période de 4 à 6 semaines pour observer une réelle progression grâce à une forme de régularité et de répétition. Puis la construction de la pratique en elle-même est progressive.

On mobilise différents outils de la pratique du yoga tels que des techniques gestuelles (mudrá), des mantras, des exercices de respiration (pránáyáma) et des exercices de purification (kriyá). Placés dans un ordre spécifique pour éveiller le corps énergétique, ils préparentle corps physique et le mental à la pratique posturale et ainsi en amplifier les bienfaits. Avec une pratique équilibrée comme celle-ci, la relaxation finale (yoga nidra) est facilitée ce qui permet de récolter tous les bienfaits de la pratique. On en ressort régénéré, revitalisé.

3. Quels sont les bienfaits du kirtan et comment l’intégrer dans une pratique de yoga ?

Le kirtan est une pratique de chant dévotionnel qui s’inscrit dans le Bhakti Yoga, la voie de la dévotion. Il fait donc partie intégrante des pratiques du yoga. Chaque voie du yoga amène au même but: la réalisation de Soi, l’Union sous toutes ses formes. Le Bhakti Yoga, par une forme de dévotion au divin (peu importe ce qu’on y associe), à une force plus grande que soi, mène à l’absorption et la reconnaissance de notre interconnexion avec le monde qui nous entoure, et ainsi à l’état de Yoga. Il est généralement plus parlant aux personnes sensibles, particulièrement au son, à la musique.

Accompagné de divers instruments, on chante des mantras en sanskrit invoquant des divinités qui incarnent différentes qualités, mais aussi les éléments ou juste des sons sacrés. Ce sont des chants vibratoires forts, qui font entrer en résonance les différentes cavités du corps et ainsi régulent toute une variété de processus physiologiques. Le chant de manière générale est aussi connu pour réguler le système nerveux. Il influe sur les télomères, les marqueurs de longévité présent sur l’adn de nos cellules.

4. Comment le chant des mantras pendant le kirtan peut-il influencer notre état mental et émotionnel ?

La répétition de mantra (littéralement « outil qui transperce/tranche le mental ») permet d’accéder à un état de conscience au-delà des pensées superficielles. On se laisse porter par la répétition et ça devient une pratique de méditation par le chant.

Quand il est pratiqué à plusieurs, le fait de chanter à l’unisson permet aussi de sentir une connexion aux autres. Cela crée ainsi un sentiment d’appartenance, qui est besoin viscéral chez l’être humain. Ça a un effet profond d’apaisement et de régulation émotionnelle. Parfois on peut être traversé par des émotions fortes, sans forcément pouvoir poser de mots sur leurs origines. Je rassure souvent les personnes qui pleurent, de tristesse comme de joie, que ce sont juste des émotions qui n’ont pas d’autre moyen d’être exprimées qui ont besoin de nous traverser pour pouvoir les déloger de notre corps. La musique a ce pouvoir thérapeutique incroyable de nous faire ressentir, là où beaucoup d’éléments dans notre quotidien nous encouragent à inhiber nos sens. J’offre donc un espace, au-delà de la performance, où chacun peut exprimer sa voix à travers le chant, avec sincérité et authenticité.

5. Quelle est la signification spirituelle du kirtan, et pourquoi est-il un élément central de votre pratique ?

Le kirtan nécessite parfois un peu plus de temps pour être compris et ressenti profondément. La finalité est purement spirituelle: celle de reconnaître le divin en soi et en tout autour de nous. Avoir une vision spirituelle de la vie, c’est selon moi une vision d’interconnectivité. Le divin laisse son empreinte dans tous les êtres vivants, toute la matière et tous les phénomènes et nous sommes donc tous reliés par cette même empreinte divine.

Le fait de chanter les différents noms du divin (les divinités mais aussi des symboles divins) est comme un appel direct à cette force et à ses différentes qualités qu’on souhaite cultiver en soi: la compassion, la connaissance, l’abondance, le courage, la sagesse…

Dans ma pratique, le kirtan prend une place quotidienne. En effet, eule chez moi, à la fin d’un cours de yoga, lors d’un cercle de chant ou juste dans mes écouteurs en faisant des tâches du quotidien, j’infuse la présence du divin par ces chants sacrés dans mes journées autant que possible.

6. Quels changements avez-vous observés chez vos élèves depuis qu’ils ont commencé à pratiquer le Vibhava yoga et le kirtan avec vous ?

La relation que chacun de mes élèves ont avec le yoga est intime et leur est propre. Chacun évolue dans sa compréhension à son rythme. Mais, de manière générale, j’observe plus d’apaisement, d’ancrage, et de façon plus notoire de courage. Du courage d’explorer la vulnérabilité dans leur pratique, d’être curieux, et ça se transpose dans leur vie au-delà du tapis. J’observe  de façon plus subtile aussi, en lien avec leur apaisement, un changement de ce qu’ils renvoient dans leur posture et leur communication.

Je me souviens encore de certains élèves avec des expressions du visage très fermées, où j’ai eu le ressenti qu’ils ne reviendraient pas à mes cours. Puis en les observant quelques semaines plus tard, je les ai vu plus adoucis, même souriants et heureux d’être là. Je me rappelle souvent que ces espaces sans jugement, sans incitation à performer de quelconque façon créés dans nos studios de yoga est une vraie bouffée d’oxygène dans leur quotidien.

Photo 2 ©️ @alexiacgg

7. Quels conseils donneriez-vous à un débutant qui souhaite se lancer dans le Vibhava yoga ou le kirtan ?

Je dirais que les mêmes principes s’appliquent que pour mettre en place toute nouvelle activité ou changement dans sa vie. En réalité, il s’agit de trouver le bon équilibre entre la raison de le faire et le détachement du résultat. Pa railleurs, c’est important d’avoir une motivation, un « pourquoi » fort derrière le changement qu’on veut mettre en place. Car finalement, cela favorisera sa durabilité ainsi que les bénéfices. En même temps, il faut mettre de côté toutes les attentes et les promesses amenées par ce changement.

Peut-être que la souplesse, le confort respiratoire, la meilleure posture ou la compréhension des mantras vont mettre des mois à être visibles, et si on se compare à quelqu’un qui a plus d’expérience que soi et chez qui on peut observer ces qualités, c’est facile de se décourager. En yoga, on parle d’appliquer ces attitudes complémentaires nommées abhyāsa (effort répété) et vairāgya (détachement) à sa pratique, mais aussi à sa vie en générale. Donner le meilleur de soi-même et attendre peu en retour.

C’est merveilleux de débuter quelque chose, gardez l’attitude du débutant qui va avec et vous observerez les fruits de vos efforts en temps voulu.

8. Ichtus Magazine est un magazine spirituel. Quelle est votre définition de la spiritualité ?

Ma définition de la spiritualité est alignée avec la vision taoïste du monde: l’humain est situé entre Ciel et Terre, habité par un esprit, et vit en harmonie avec le monde qui l’entoure, plus particulièrement à la nature. Il ne peut exister de façon isolée, il fait partie d’un tout, d’un environnement qui le nourrit et évolue avec les saisons. Le mot spiritualité sous-entend qu’il y a un « esprit », une énergie commune à tous. Chaque culture s’approprie cette spiritualité différemment pour exprimer ce même principe: le prána pour les yogis, le Qi pour les taoïstes, la Terre Mère pour les cultures indigènes et j’en passe… 

Ainsi, toute matière (de nature yin) est habitée par une certaine densité d’énergie, de Qi (de nature yang). Vivre sa spiritualité, c’est reconnaître son interconnectivité et son interdépendance avec le monde. Comme mentionné précédemment, être en état de yoga, d’union totale.

La spiritualité est souvent associée aux personnes qui évoluent dans le monde du bien-être holistique et de la guérison. Pourtant, il n’est pas nécessaire d’être chamane, masseur énergétique, facilitateur de cérémonie ou professeur de yoga pour vivre en adéquation avec sa spiritualité. Il est vital dans notre société d’avoir des instituteurs, des agriculteurs et des fonctionnaires des services publics spirituels pour créer de la cohésion et vivre dans un monde qui favorise et valorise la vie humaine sans distinction. Je remercie d’ailleurs ceux qui chaque jour travaillent dans l’ombre pour faire bouger les lignes en œuvrant contre ce qui nous sépare et en faveur de ce qui nous rassemble.

9. Quelles sont vos adresses favorites ? 

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Nicolas Lopez

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