Dans une époque où nos modes de vie sollicitent constamment notre corps et notre esprit, la quête d’un équilibre durable devient une préoccupation essentielle. Stress chronique, tensions physiques, fatigue mentale ou perte de sens : de nombreuses personnes cherchent aujourd’hui des approches globales capables de les accompagner vers une meilleure santé. C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le travail de Marc Beuvain, spécialiste de la Yoga Thérapie depuis 30 ans, qui transmet une approche fondée sur la connaissance profonde du corps, de la respiration et des mécanismes qui influencent notre bien-être.


Formé pendant huit années en Inde auprès de la famille héritière de Krishnamacharya, considéré comme l’une des figures majeures du yoga moderne, Marc Beuvain inscrit sa pratique dans une tradition exigeante tout en l’adaptant aux besoins contemporains. Au fil des années, il enseigne dans de nombreux pays, de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud, en passant par l’Australie et plusieurs pays européens, avant de développer aujourd’hui son enseignement principalement en France, en Belgique, en Italie et en Angleterre.
À travers des stages, des formations, des consultations individuelles et des programmes en ligne, il accompagne celles et ceux qui souhaitent devenir acteurs de leur propre santé physique et psychique. Son approche repose sur une conviction profonde : le corps possède des capacités naturelles d’adaptation et de régénération lorsqu’il est compris et accompagné avec les bons outils.
Au-delà de la simple pratique du yoga, la Yoga Thérapie proposée par Marc Beuvain cherche à identifier les causes profondes des déséquilibres physiques et émotionnels. Elle offre des méthodes accessibles permettant de mieux comprendre les liens entre respiration, mouvement, système nerveux, pensées et état général de santé.
Par ailleurs, Marc Beuvain partage son expertise auprès de nombreux professionnels de l’accompagnement, notamment des enseignants de yoga, des formateurs d’enseignants, des kinésithérapeutes, des ostéopathes et des coachs. Une transmission qui témoigne d’une volonté : faire évoluer notre regard sur la santé en réconciliant les dimensions physiques, psychologiques et humaines de l’être.
À travers son parcours, il rappelle finalement une idée essentielle : prendre soin de soi n’est pas un luxe, mais une responsabilité. Retrouver le goût d’agir pour sa santé devient alors un chemin de transformation, où le corps et l’esprit cessent d’être considérés séparément pour retrouver leur unité profonde.
Vous dites souvent que le yoga occidental s’est éloigné de son essence. À quel moment, selon vous, cette rupture s’est-elle produite et quelles en sont les conséquences aujourd’hui ?
La rupture s’est produite lorsque le Yoga a quitté l’Inde, essentiellement à partir des années 1960, et que l’accent s’est porté sur la posture, qui ne représente pourtant qu’une infime partie du Yoga. C’est cette dimension qui a été mise en avant, séduisant le plus grand nombre, mais limitant considérablement cette science humaine qu’est le Yoga. Un glissement s’est également opéré vers une quête de détente et de confort, au détriment d’une véritable transformation.
En conséquence, ce qui est enseigné aujourd’hui reste très limité par rapport à ce que le Yoga peut réellement permettre. Ses dimensions thérapeutiques, physiques et psychiques, ont été mises de côté. Mais surtout, la quête d’authenticité et de révolution intérieure a été délaissée.
On ne prend plus véritablement le Yoga au sérieux. On le perçoit comme une pratique collective, alors qu’il s’agit avant tout d’une démarche individuelle, destinée à celles et ceux qui recherchent une véritable santé et une quête spirituelle authentique. Et c’est précisément vers cette transformation que j’accompagne depuis 30 ans les personnes qui me font confiance.
Après plusieurs années d’apprentissage en Inde auprès de la lignée de T.K.V. Desikachar, quel enseignement a le plus profondément transformé votre manière de voir l’être humain ?
Ce qui m’a profondément marqué en yoga thérapie, c’est qu’on comprend que la souffrance fait partie intégrante de la vie humaine. La vie est non linéaire, parfois chaotique. L’approche est donc : que puis-je faire aujourd’hui pour anticiper la souffrance à venir ? En Inde, je n’ai jamais vu de cours collectifs, seulement des cours individuels. Tout est adapté aux besoins corporels spécifiques et à la dimension psychique de la personne. Chaque séance est sur mesure, et la personne pratique seule chez elle. Contrairement aux cours collectifs, souvent limités à quelques séances non adaptées, ici, c’est un travail quotidien, personnalisé, qui rend le yoga thérapeutique accessible, efficace et universel. Et c’est précisément ce que je propose et enseigne aujourd’hui. C’est ce chemin personnalisé, adapté, et accessible que je mets en place, afin d’accompagner chacun vers plus de santé et de sérénité.
Vous parlez davantage de discernement, de responsabilité et de transformation intérieure que de souplesse ou de performance physique. Comment définissez-vous un “yoga authentique” ?
La Yoga Thérapie et toutes les pratiques qui l’accompagnent n’apportent pas seulement des bénéfices physiques, physiologiques ou psychiques. Elles permettent surtout une reprise en main de notre mental. Nous devenons moins soumis au poids des préoccupations, des peurs, des conflits émotionnels, de notre imaginaire ou de nos conditionnements. Peu à peu, un silence intérieur s’installe. Une sensibilité plus fine à soi-même apparaît. Et de cette qualité de présence naît le discernement.
La finalité du Yoga est le discernement. Il n’y a pas de Yoga sans discernement. C’est lui qui remet en question nos anciens schémas, qui nous libère de nos conditionnements et nous permet d’entretenir une relation plus juste avec nous-mêmes, avec les autres et avec le monde.
Enfin, ce discernement nous rend plus responsables. Le Yoga ne cherche pas le bien-être pour le bien-être. Il nous prépare à assumer avec plus de lucidité nos responsabilités familiales, professionnelles et humaines. C’est là que commence, selon moi, un yoga authentique.
Nous vivons une époque marquée par l’anxiété, l’hyperconnexion et une véritable crise de sens. Pensez-vous que le yoga puisse répondre à ces défis sans devenir une simple méthode de développement personnel ?
Faire silence, revenir à soi, accéder au discernement, c’est précisément retrouver du sens, de la cohérence et de la liberté intérieure. Oui, je pense que le Yoga est une science humaine pensée pour répondre à ces défis. À condition de ne pas le réduire à une méthode de détente ou de développement personnel. Sa vocation est beaucoup plus profonde : permettre à chacun de retrouver une relation plus juste avec lui-même, avec les autres et avec le monde. C’est précisément cette vision du Yoga que nous transmettons chez Vicitra depuis trente ans.
Votre enseignement mêle tradition millénaire et regard contemporain. Comment rester fidèle aux textes fondateurs tout en évitant le dogmatisme ou la simple reproduction des traditions ?
Ma particularité est d’avoir étudié les textes fondateurs du Yoga directement en sanskrit. Je les ai étudiés en profondeur, jusqu’à la racine de la plupart des mots utilisés. Mais connaître le sens des textes ne suffit pas. J’ai surtout cherché à comprendre la logique qui les traverse. Car le Yoga n’est pas un ensemble de recettes à reproduire. C’est une science humaine fondée sur une logique extrêmement cohérente.
C’est cette logique que je transmets aujourd’hui. Les outils peuvent évoluer, les contextes changent, mais la logique demeure. C’est ce qui permet de rester profondément fidèle aux textes tout en répondant aux défis de notre époque. C’est d’ailleurs ce que beaucoup de personnes me disent après avoir découvert mes enseignements : « J’avais déjà pratiqué le Yoga… mais je n’avais jamais vraiment compris ce qu’il était. »
Vous accompagnez de nombreuses personnes en quête de mieux-être. Existe-t-il un déclic ou une rencontre qui vous a particulièrement marqué et qui résume, selon vous, la puissance du yoga ?
Chaque évolution dont je suis témoin me touche profondément. Mais ce qui m’émeut le plus, ce n’est pas le résultat. C’est le moment où une personne décide de reprendre sa santé en main. Le véritable moteur de la transformation, ce n’est pas le thérapeute. C’est l’engagement quotidien de la personne dans sa pratique. C’est cette volonté de ne plus subir, mais de devenir actrice de sa propre santé.
Je pense notamment au Dr Pascal Ananian. Malgré plusieurs mois de prise en charge en neurologie, en kinésithérapie et en ostéopathie, il était toujours alité à cause d’une sciatique. Il s’est engagé pleinement dans la Yoga Thérapie. Un mois plus tard, il avait repris son activité professionnelle. Trois mois plus tard, il retrouvait son activité physique favorite. Dix ans après, il pratique toujours la Yoga Thérapie chaque jour.
Ce qui me touche le plus dans cette histoire, ce n’est pas seulement sa guérison. C’est qu’il ait intégré cette pratique dans sa vie. Pour moi, c’est cela, la véritable puissance du Yoga.
Si vous pouviez déconstruire une seule idée reçue sur le yoga auprès du grand public, laquelle choisiriez-vous, et par quoi aimeriez-vous la remplacer ?
Je déconstruirais l’idée selon laquelle le Yoga est avant tout une pratique posturale. Les postures ne représentent qu’une infime partie du Yoga. Elles ne sont pas une finalité, mais un moyen parmi d’autres.
Je les remplacerais par une autre idée : la véritable finalité du Yoga est la liberté. Le discernement en est le chemin. Car c’est le discernement qui nous permet de remettre en question nos conditionnements, de retrouver une relation plus juste avec nous-mêmes, avec les autres et avec le monde. Le Yoga n’a pas été conçu pour faire de nous des esclaves apaisés de nos peurs, de nos conditionnements ou de nos habitudes. Il a été conçu pour nous en libérer. Sa finalité n’est pas le confort. Sa finalité est la liberté.
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Nicolas Lopez.

