Samuele Perraro, la céramique comme dialogue avec la matière

Installé à Marseille depuis 2021, le céramiste italien Samuele Perraro façonne une œuvre singulière, à la croisée de l’argile, de la roche et du vivant. Au sein de l’atelier Le Petit Chantier, ce natif de Vicenza, petite ville proche de Venise, développe en effet un vocabulaire artistique où technique et spiritualité se répondent sans cesse. Passionné de dessin depuis l’enfance, Samuel Perraro s’oriente d’abord vers des études d’économie à Venise, bien loin de l’art. C’est finalement au contact d’amis inscrits aux Beaux-Arts, dans une classe de sculpture, qu’il découvre l’argile et la troisième dimension. Ainsi, la sculpture lui permet d’aller plus loin dans les visages qu’il dessinait jusqu’alors, en leur donnant enfin du volume et une existence tangible.

Le tournage vient ensuite compléter cette découverte, avec une dimension qu’il qualifie lui-même de presque magique. La répétition du geste, amplifiée par la rotation du tour, ouvre en effet un rapport au temps et à la matière radicalement différent de la sculpture. Installé en France depuis huit ans, après des passages par la Bourgogne, Strasbourg puis Paris, Samuele Perraro consacre aujourd’hui pleinement son activité professionnelle à la céramique, un virage assumé depuis cinq ans.

Interrogé sur sa démarche artistique, Samuele Perraro évoque avant tout une recherche d’équilibre entre deux opposés. Ainsi, ses créations juxtaposent volontiers des textures brutes, rocheuses et minérales, à des surfaces lisses et apaisées, souvent recouvertes d’émaux mats. Cette tension entre rugosité et douceur, entre plein et vide, structure l’ensemble de son travail et lui permet de mettre en valeur le rythme et le volume de chaque pièce.

Cette sensibilité au contraste, il la retrouve également dans l’architecture, notamment celle de sa ville natale, marquée par le style néoclassique, ainsi que dans les temples qu’il découvre lors d’un séjour d’un an en Inde. Selon lui, tournage et architecture religieuse partagent d’ailleurs un même élan vertical, comme une tension commune vers le haut, presque totémique.

©️ Floriane Retaux

Marseille et ses paysages minéraux, une source d’inspiration constante

Depuis son installation à Marseille, Samuele Perraro observe une évolution nette de son travail vers davantage de minéralité. Les Calanques et la Côte Bleue, avec leurs formations rocheuses et l’action constante de l’eau sur la pierre, influencent ainsi directement ses textures et ses émaux, entre aspérités façon falaise et courbes polies par la mer. Le céramiste explique volontiers que ces éléments s’invitent dans son travail de manière presque inconsciente, révélés a posteriori en observant ses propres pièces.

Cette recherche du minéral le conduit également en haute montagne, notamment dans les Dolomites, où il évoque un attachement particulier aux paysages rocheux dépourvus de végétation. Il les compare à l’expérience inverse ressentie sous l’eau. Deux environnements extrêmes, mais tout aussi essentiels à son inspiration.

Le céramiste évoque également une résidence artistique d’une semaine en Sicile, consacrée à l’argile, au feu et à la roche volcanique. Cette expérience collective le conduit notamment jusqu’à une ancienne carrière d’argile transformée en zone d’entrepôts industriels. Une découverte qui l’amène à réfléchir plus largement sur la manière dont le contexte social et historique façonne la valeur et la signification d’un matériau, qu’il s’agisse de l’argile, du feu ou de la roche.

La spiritualité, une manière de dépasser l’illusion de l’ego

Interrogé sur sa définition de la spiritualité, Samuele Perraro propose une réflexion nuancée, éloignée de toute croyance dogmatique. Selon lui, la spiritualité se manifeste avant tout dans les moments où l’on parvient à dépasser l’illusion d’une individualité séparée, pour ressentir une forme d’énergie commune reliant l’ensemble du vivant. Une sensation de légèreté et de liberté qu’il associe directement à sa recherche esthétique du contraste et de la beauté.

Issu d’une famille catholique, il découvre en Inde d’autres formes de croyances, au contact de nombreux moines et lors de grands rassemblements spirituels. Cette expérience renforce chez lui la nécessité de conserver une part de doute face à toute croyance. Il développe cette idée par crainte des dérives dogmatiques et extrémistes que l’histoire associe trop souvent aux certitudes absolues.

Des influences multiples, entre céramistes et paysages naturels

Enfin, Samuele Perraro cite plusieurs figures qui nourrissent aujourd’hui son travail. Il commence par des céramistes dont la créativité et la maîtrise technique le fascinent particulièrement. Ce dernier cite notamment une céramiste parisienne, à l’univers organique et onirique, et un céramiste coréen, dont l’approche plus instinctive de la forme contraste avec la recherche de perfection propre à la céramique japonaise. Mais ce sont avant tout les paysages naturels qui restent, selon lui, sa source d’inspiration la plus fondamentale. Les Calanques, la Côte Bleue et les Dolomites, terrains d’observation privilégiés de cette relation intime entre pierre, eau et matière le fascinent.

En définitive, le travail de Samuele Perraro illustre une approche contemporaine et sensible de la céramique d’art, où chaque pièce façonnée à la main devient le témoin d’un territoire, d’une époque et d’une quête intérieure, entre rigueur technique et lâcher-prise assumé.

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Nicolas Lopez.

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