Depuis janvier 2026, les combats s’intensifient dans le nord et l’est de la Syrie. Les forces du gouvernement syrien de transition affrontent les Forces démocratiques syriennes (FDS), mettant en péril l’Administration autonome démocratique de la région. Une fois encore, la guerre se rapproche des civils, fragilise les structures sociales et fait peser une menace directe sur les femmes, les minorités et les enfants.
À première vue, il s’agit d’un conflit géopolitique de plus, inscrit dans la longue histoire de la guerre syrienne. Pourtant, à y regarder de plus près, ce qui se joue dans cette région dépasse largement la seule question territoriale. L’Administration autonome démocratique du nord et de l’est de la Syrie incarne un projet social rare au Moyen-Orient : démocratie locale, pluralisme culturel et religieux, égalité réelle entre les femmes et les hommes, auto-organisation communautaire. Un modèle fragile, mais profondément humain.
Or, ce sont précisément ces fondations qui sont aujourd’hui attaquées. Les offensives militaires fragilisent les structures civiles. Ils provoquent des déplacements massifs de population. Ils ouvrent la voie à un danger majeur : la résurgence de l’État islamique. Les prisons et camps où sont détenus d’anciens combattants de l’EI ne sont plus sécurisés. Ce qui peut provoquer des évasions et une reconstitution des réseaux djihadistes. Les répercussions vont donc bien au-delà de la Syrie.

Image réalisée a l’aide de l’Intelligence Artificielle.
Réduire cette situation à un simple affrontement armé serait passer à côté de sa dimension anthropologique.
Depuis toujours, les sociétés humaines projettent leurs tensions intérieures dans leurs structures collectives. Les guerres, comme les catastrophes, ne surgissent jamais dans le vide. Elles sont aussi le reflet de fractures plus profondes : perte de sens, domination, peur de l’autre, rupture du lien. D’un point de vue social, l’attaque contre l’autonomie démocratique syrienne révèle une résistance persistante face à des modèles alternatifs. Là où des communautés tentent d’expérimenter la coopération, l’égalité et le respect du vivant, les logiques de pouvoir centralisé et de violence cherchent à reprendre le dessus. Ce rejet de l’altérité n’est pas propre à cette région ; il traverse l’ensemble de nos sociétés contemporaines.
Enfin, sur un plan plus spirituel, ces conflits interrogent notre rapport au monde. Lorsque nous nous sentons déconnectés de ce qui se passe ailleurs, lorsque la souffrance devient lointaine ou abstraite, quelque chose de fondamental se délite : notre humanité partagée. Par conséquent, la guerre n’est plus seulement extérieure. Elle devient le miroir de nos propres déséquilibres intérieurs. Elle devient le reflet de notre difficulté à reconnaître l’autre comme un prolongement de nous-mêmes.
Ce qui se joue aujourd’hui dans le nord et l’est de la Syrie nous concerne collectivement.
Défendre la population civile, les femmes, les minorités et les projets démocratiques locaux, ce n’est pas seulement prendre position sur un conflit lointain. En réalité, c’est affirmer une vision du monde où la dignité humaine, la coopération et le lien priment sur la domination et la peur. Face à la tentation de l’indifférence, se souvenir de cette interdépendance devient un acte politique, social et profondément spirituel. Car oublier ce qui se passe ailleurs, c’est risquer d’oublier, peu à peu, ce qui nous relie les uns aux autres.
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Nicolas Lopez.

