Femmes dévoilées et hommes en fleurs, révéler l’Afghanistan autrement

En Afghanistan, le corps est devenu un territoire politique. Le corps des femmes, surtout, car très contrôlé, voire effacé. Depuis le retour au pouvoir des talibans, l’espace public se ferme, les droits reculent, et les existences se rétrécissent. Pourtant, au cœur de cette obscurité imposée, des images continuent de naître. La photographie devient alors un acte de résistance silencieuse, un moyen de dire « nous existons encore ».

C’est précisément ce que donne à voir l’exposition Femmes dévoilées et hommes en fleurs. Inaugurée à Marseille à la Galerie de la Librairie Maupetit, l’exposition prend place du 15 janvier au 21 février 2026. Après une première présentation remarquée au musée Jean-Honoré Fragonard à Grasse, l’exposition arrive dans la cité phocéenne. L’ambition ? Révéler un autre visage de l’Afghanistan, loin des images de guerre figées et des récits univoques.

D’abord, les femmes.

Dans l’Afghanistan contemporain, elles sont privées d’éducation, de travail, de liberté de mouvement, et parfois même de parole. Le régime taliban ne se contente pas de gouverner. En réalité il redessine l’ordre symbolique de la société en reléguant les femmes à l’invisibilité. Or, dans les photographies de Fatimah Hossaini, photographe afghane aujourd’hui en exil, les femmes réapparaissent là où on ne les attend plus. Elles sont présentes, dignes, colorées, puissantes. Leurs regards traversent l’image et défient l’effacement. Ces portraits réinscrivent les femmes afghanes dans l’histoire longue du pays, comme actrices culturelles et non comme victimes passives.

Ensuite, les hommes.

Dans le travail d’Oriane Zérah, photographe française qui travaille à Kaboul, les hommes apparaissent décorés de fleurs, ornés, presque fragiles. Ce choix esthétique bouleverse les représentations dominantes de la masculinité afghane, souvent associée à la violence, à la rigidité, au pouvoir armé. Ici, l’homme devient sensible. Cette démarche interroge les normes de genre imposées par le régime taliban et rappelle que les identités ne sont jamais binaires.

Ainsi, l’exposition crée un espace de rencontre inédit. Femmes afghanes et hommes en fleurs cohabitent dans un même lieu symbolique, libéré des assignations habituelles. Ce dialogue visuel agit comme une brèche. Il suggère qu’un autre Afghanistan existe, ou du moins persiste. Il s’agit alors de faire briller un Afghanistan intime, culturel, profondément humain. L’idée est aussi de montrer que les régimes autoritaires tentent d’éradiquer notre humanité sans jamais y parvenir totalement.

Par ailleurs, la présence des enfants rappelle l’urgence.

Car ce sont eux qui héritent de ces mondes fracturés. Leur avenir se joue aujourd’hui, entre transmission de la peur et possibilité de réinvention. La photographie, en fixant ces instants, devient un outil de mémoire. Elle empêche l’oubli, elle documente ce que le pouvoir voudrait rendre invisible.

Mais cette exposition ne se contente pas de montrer la beauté. Elle pose une question politique fondamentale : que peut l’art face à l’oppression ? Sans naïveté, Femmes dévoilées et hommes en fleurs affirme que l’image n’abolit pas la violence. Au contraire, elle la contredit. Photographier devient alors un acte de désobéissance symbolique. Un geste qui refuse la normalisation de l’inacceptable.

Finalement, en accueillant cette exposition, Marseille devient un relais. Un espace de résonance entre ici et ailleurs, entre confort occidental et réalités afghanes. Dans une société saturée d’images, ces photographies nous obligent à regarder autrement, plus lentement, plus profondément. Elles rappellent que la beauté peut être politique, et que témoigner est déjà une forme d’engagement.

Exposition Femmes dévoilées et hommes en fleurs
Galerie de la Librairie Maupetit, Marseille
Du 15 janvier au 21 février 2026, entrée gratuite.
Avec les œuvres de Fatimah Hossaini et Oriane Zérah

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Nicolas Lopez.

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