Dans le Vaucluse, entre mémoire rurale et expérimentations contemporaines, l’artiste Delphine Dénéréaz tisse un univers singulier où artisanat ancestral et imaginaire contemporain se rencontrent. Née en 1989 et installée aujourd’hui à Villedieu, elle développe depuis plusieurs années un travail artistique reconnaissable entre tous, fait de couleurs vibrantes, de structures textiles et d’architectures sensibles.
D’emblée, son travail intrigue. À première vue, ses œuvres évoquent des tapis, des cabanes ou des refuges colorés. Pourtant, il ne s’agit pas simplement de textile décoratif. Au contraire, Delphine Dénéréaz détourne une technique traditionnelle du Moyen Âge. Il s’agit de la lirette, un procédé de tissage autrefois utilisé pour fabriquer des tapis à partir de tissus recyclés. Historiquement associée aux milieux ruraux et populaires, cette méthode artisanale se transforme entre ses mains en véritable langage artistique. Ainsi, l’artiste ne se contente pas de reproduire un savoir-faire ancien. Elle le déplace, l’étire et l’expérimente. Elle tisse sur des supports inattendus (métal, bois ou structures architecturales) et transforme le tapis en espace habitable. Dès lors, le textile quitte le mur pour devenir cabane, chapelle ou abri. Le tapis devient architecture.






(c) : Installation Villa Noailles 2022 _ photo Luc Bertrand / Là Oû Chuchotent les Morphos _ photo _ P Meyer AE Medias / Ne Faîtes pas Pleurer les Sirènes 2025 _ photo IGO Studio / Le Refuge des Vents, 2025 _ Musée Dehors L_unique / Ne faites pas Pleurer les Sirènes, 2025 _ Photo IGO STUDIO / Les Fleurs qui pleurent , 2025 _ photo Greg Copitet
Delphine Dénéréaz explore la frontière entre artisanat, sculpture et installation.
Cette transformation constitue le cœur de sa démarche. En effet, elle construit des refuges textiles où l’on perçoit à la fois la chaleur domestique du tissu et la dimension presque mystique de l’espace. Ses œuvres ressemblent à des fragments d’utopies méditerranéennes, colorées et vibrantes. Cependant, derrière cette esthétique joyeuse se cache une réflexion plus profonde. Les couleurs éclatantes et les formes généreuses créent un univers qui semble idyllique, mais qui laisse aussi entrevoir une certaine tension. Dans ces paysages textiles, l’abondance peut parfois dissimuler une forme de fragilité. Les matériaux recyclés, les motifs accumulés et les architectures improvisées évoquent à la fois la fête et la précarité.
Par ailleurs, l’artiste nourrit son travail de nombreuses références personnelles. Son enfance dans le Vaucluse, les souvenirs ruraux, les cultures populaires et les imaginaires contemporains s’entrelacent dans ses installations. On y trouve autant de traces de la nature provençale que de références à la culture populaire, aux réseaux sociaux ou encore aux univers ludiques de l’enfance.
Ce mélange inattendu constitue d’ailleurs l’une des forces de son œuvre. Delphine Dénéréaz crée des mondes hybrides où cohabitent savoirs ancestraux et symboles du monde contemporain. Le textile devient alors un médium critique. Ce dernier interroge la valeur des traditions, la place du travail manuel et la manière dont nos sociétés transforment les héritages culturels.
Depuis 2019, ses œuvres sont présentées dans plusieurs lieux d’exposition majeurs.
Progressivement, son travail attire l’attention des institutions artistiques. On les découvre notamment à la Friche Belle de Mai, à la Villa Noailles ou encore dans différentes galeries et centres d’art en France. Plus récemment, elle bénéficie d’expositions personnelles importantes, notamment à la Collection Lambert à Avignon en 2023 et à la galerie Chapelle XIV en 2025. En parallèle, l’artiste développe également un travail collectif. Elle cofonde notamment le collectif Monstera, avec les artistes Bridget Low, Léna Gayaud et Opale Mirman. Ensemble, elles explorent des pratiques artistiques collaboratives qui mêlent installation, textile et scénographie. Aujourd’hui, Delphine Dénéréaz poursuit ses recherches dans son atelier tout en participant à différentes résidences artistiques, en France et à l’international. Chaque projet devient pour elle l’occasion d’approfondir cette relation entre textile, espace et mémoire.
Finalement, son travail nous invite à repenser notre rapport aux objets modestes et aux savoir-faire oubliés. À travers la lirette, ce tapis paysan devenu architecture contemporaine, Delphine Dénéréaz transforme un geste simple en une véritable expérience artistique. C’est peut-être là que réside toute la poésie de son œuvre. Dans cette capacité à faire surgir, à partir de fragments de tissu et de souvenirs, de nouveaux refuges pour l’imaginaire.
Découvrez notre agence de communication.
Nicolas Lopez.

