Mahadev Ok, chemin spirituel et expérience du sacré

À mesure que notre société se transforme, une quête semble traverser de plus en plus d’individus, celle du sacré. Depuis toujours, l’être humain cherche à célébrer une forme de transcendance. Il souhaite se relier à quelque chose de plus vaste que lui et à partager collectivement cette expérience du divin. Pourtant, notre époque marque un tournant singulier. D’un côté, beaucoup ressentent le besoin de s’émanciper des systèmes religieux traditionnels qui structuraient autrefois la spiritualité collective. De l’autre, on observe un désir grandissant de recréer des espaces d’appartenance, de rituel et de communion.

Ainsi, les traditions venues d’ailleurs, du chamanisme à l’hindouisme en passant par les pratiques énergétiques contemporaines, rencontrent un écho particulier dans les sociétés occidentales. Parallèlement, les religions plus anciennes connaissent elles aussi un regain d’intérêt lorsqu’elles parviennent à proposer une approche plus vivante, interactive et incarnée du spirituel. Derrière ces mouvements, une même aspiration semble émerger. Car, l’idée de retrouver du sens dans un monde où le modèle matérialiste ne suffit plus à nourrir les imaginaires ni les cœurs comment a voir le jour.

En effet, face à une société souvent perçue comme désenchantée, de nombreuses personnes revendiquent aujourd’hui une relation plus intuitive au monde invisible. Qu’il s’agisse d’une véritable évolution des consciences ou d’un phénomène porté par l’imaginaire collectif, une chose apparaît clairement : le besoin d’expérimenter le mystique ne cesse de grandir. Désormais, il ne s’agit plus seulement de croire. En réalité, il s’agit d’incarner cette dimension spirituelle dans le corps, dans l’émotion, dans l’expérience vécue.

C’est précisément dans ce contexte que les festivals spirituels, les concerts immersifs et les communautés artistiques prennent une place nouvelle. Ces rassemblements deviennent des espaces où la musique, le yoga, la danse ou encore les pratiques méditatives permettent de vivre une forme de rituel contemporain. Une spiritualité plus horizontale, plus libre, où chacun cherche à la fois sa propre voie et une expérience collective du sacré.

À travers le parcours de Mahadev Ok, musicien, enseignant de yoga et fondateur du Spirit Pop Festival, cette réflexion prend une résonance particulière. Entre mantras, pop moderne, quête intérieure et rassemblements collectifs, il esquisse les contours d’une spiritualité contemporaine où la musique devient autant un art qu’un chemin de transformation.

Ton nouvel album semble chercher une forme d’unité entre spiritualité, musique et vie contemporaine. Selon toi, pourquoi notre époque ressent-elle autant le besoin de revenir au sacré et à la célébration collective ?

C’est une constance dans l’histoire humaine de rechercher du sacré et de se rassembler pour célébrer l’œuvre divine. Je perçois que notre époque se caractérise à la fois par une volonté de s’émanciper des systèmes religieux qui avaient prévalu jusqu’alors en se réappropriant le sacré au travers de traditions venues d’ailleurs ; chamanisme, hindouisme, et à la fois par le désir de renforcer des liens d’appartenance à telle ou telle famille spirituelle. Les religions plus anciennes bénéficient également de cet engouement à condition qu’elles réussissent à créer un espace plus interactif et plus actuel. Ces tendances et ce goût pour le sacré peuvent s’expliquer, d’une part, par le constat d’échec de la société matérialiste, qui ne peut plus faire rêver autant les générations actuelles. Mais aussi par un phénomène moins rationnel que l’on pourrait qualifier d’élévation de la conscience collective.

De plus en plus d’individus semblent être capables d’entrer en connexion avec le monde invisible et, en tout cas, revendiquent ces contacts. Que ce soit alimenté par l’imagination collective ou le fruit d’un phénomène avéré, on sent que chacun veut non seulement vivre cette relation mystique, mais aussi incarner cette part divine et en faire l’expérience. Les célébrations collectives présentent des opportunités de véritablement faire l’expérience spirituelle. Ceci tranche avec les spiritualités du passé, qui ne semblaient réserver ces expériences qu’à un nombre restreint d’individus.

Dans tes morceaux, tu mélanges mantras, pop, kirtan et sonorités modernes. Est-ce que tu vois la musique comme un simple art ou comme un véritable outil de transformation intérieure et sociale ?

Je vois la musique comme une source de sagesse, de joie. C’est un miracle dans nos vies, mais aussi, une source de guérison, de bien-être. C’est le moyen le plus sûr et le plus rapide pour atteindre Dieu. Enfin, c’est peut-être un art, mais un art de vivre. Cette perception de la musique, qui peut paraître excessive, est mue par un ressenti physique. Nul n’a besoin d’être initié pour vibrer. La musique que je compose est celle que j’ai besoin d’entendre et d’écouter. Je peux vous répondre affirmativement qu’en jouant cette musique, en chantant et en composant ces musiques, je me transforme intérieurement. En revanche, je ne sais pour l’instant pas si cette musique peut être un outil de transformation sociale. Le fait de chanter des mantras et de ne pas me conformer à une attente d’un public ou des médias laisse la dimension sociale de côté.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes cherchent du sens hors des religions traditionnelles. Penses-tu que les festivals, les concerts spirituels ou les communautés artistiques deviennent les nouveaux espaces de rituel collectif dans nos sociétés occidentales ?

Les festivals auxquels je participe ressemblent à des familles, à des communautés davantage tournées vers le développement personnel que vers les fondations de nouvelles religions. Au sein de ces communautés, on sent un désir de suivre une voie personnelle, de rester libre, et pourtant, c’est vrai, il y a un réel goût pour le rituel. C’est comme si, pour s’émanciper des systèmes religieux du passé, on créait de nouveaux systèmes plus éphémères et moins contraignants. Des systèmes spirituels dans lesquels chacun est à la fois le prêtre, le dévot et Dieu lui-même. Les archétypes évoluent, mais on peut se demander si la foi demeure. Non pas qu’il n’y ait pas de sincérité observée dans ces nouveaux rituels, mais parce qu’une large portion des participants à ces rituels semble davantage tournée vers la quête d’expériences mystiques spectaculaires et moins vers l’établissement d’une relation durable de confiance avec le Divin.

Je sens parfois que la foi ne s’est pas encore installée et que le mental collectif reste très agité.

Comment t’est venue l’idée de créer le Spirit Pop Festival ? Est-ce qu’il y a eu un moment précis où tu t’es dit qu’il fallait créer un espace mêlant musique, spiritualité et culture contemporaine ?

©️ Julie Ansiau / ©️ Isabelle Negre

C’est le concept de Spirit Pop Community qui m’est venu en premier. Et c’est la musique qui m’a offert ce concept. Je venais d’enregistrer un album (Triangles) et j’avais invité des artistes internationaux à jouer sur cet album. J’envoyais des fichiers aux USA, en Europe, en Inde, en Australie, en Israël, et mes amis musiciens me renvoyaient leurs enregistrements. Quand l’album a été terminé, j’ai eu cette vision de conduire un grand bus qui avait à son bord une grande communauté spirituelle. Il comprenait des healers, des musiciens et des yogis. Le concept est venu de là et j’ai créé l’association Spirit Pop Community.

Quelques mois plus tard, je rencontrais Nathalie Kanta, qui allait devenir mon épouse. Nous avons commencé à organiser ensemble des retraites et des événements dans l’esprit de cette Spirit Pop. En 2021, nous avons créé la première édition du Festival et aujourd’hui nous en sommes à notre 5ème édition.

Le festival réunit des univers très différents : yoga, concerts, conférences, pratiques spirituelles, danse… Quel manque cherchais-tu à combler dans le paysage culturel ou festivalier actuel ?

Je ne cherche pas à combler un manque, car le paysage est déjà bien chargé de toutes sortes d’événements. Réunir et créer est chez moi une seconde nature. C’est la mission que j’ai reçue de la vie. Je rassemble, je crée de la musique, j’enseigne le yoga. Par ailleurs, grâce à mon épouse Kanta et à notre petite équipe, cet événement grandit et trouve sa place.

Créer un événement spirituel aujourd’hui peut parfois être perçu comme marginal ou “alternatif”. Est-ce que tu as le sentiment que les mentalités évoluent. Que le besoin de reconnexion devient désormais plus universel et sociétal ?

Je sens que cela va dans les deux sens. Les mentalités évoluent en même temps que la société qui se transforme. On peut bénéficier de l’aura relativement acceptable du yoga, de la musique et du healing. Mais, en même temps, la défiance vis-à-vis de la spiritualité, des religions nouvelles et de ce qui est différent, reste forte.

Notre monde d’aujourd’hui est toujours très duel. Les spiritualités nouvelles, les événements spirituels tels que notre festival, n’apportent pas toutes les réponses et ne résolvent pas le problème de la souffrance humaine.

La vie reste une expérience qu’aucun système humain ne peut transcender. La seule transcendance vient du cœur, de la foi, d’un amour plus grand que la peur. Cet amour est une évidence, mais c’est aussi un grand mystère. Le Spirit Pop Festival propose un programme très coloré qui peut être une source d’inspiration pour beaucoup. Il crée les conditions amicales, familiales et spirituelles pour développer en soi ce cœur, cette foi et cet amour. Mais il ne peut pas remplacer la bénédiction de la rencontre divine que l’on est seul à pouvoir faire.

Mahadev Ok

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Nicolas Lopez.

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